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Daniel ARSAND

Revers


Bill Tilden (1893-1953) est un joueur de tennis américain virtuose, du début du siècle dernier. Surnommé Big Bill ou Cannonball, il a brillé tout au long de sa carrière, de 1918 à 1953, mais il a été accusé de détournement de mineurs car il s’intéressait aux jeunes garçons. Il a eu deux procès et a été emprisonné à deux reprises.

Après avoir été adulé et avoir gagné de nombreux tournois et donc beaucoup d’argent, il a été rejeté et a connu le mépris et le déclassement social.

Il a aussi été coach pour l’équipe allemande au moment du IIIe Reich ce qui a été mal vécu : « Et puis, sous le IIIe Reich, il s’était compromis à accepter de coacher l’équipe allemande. Pour les beaux yeux du beau von Cramm. Deux ans dans la patrie de Goethe qui n’était plus que celle d’Hitler. On le montra du doigt à son retour. Pauvre type. Type dégoûtant. Qu’avait-on à attendre de digne de la part d’une tapette ? Encore des articles qu’il ne voulait pas comprendre. Déni. Von Cramm est un grand tennisman. Point. Et un ami. Et n’ayant jamais pris sa carte du parti nazi. Où étaient les torts de Bill Tilden ? Déni. Je n’ai rien fait. N’ai vendu personne. Je veux la paix. Déni. Image ternie. À l’époque et encore plus aujourd’hui, fauché comme les blés. »

Le rapport à ses parents a toujours été compliqué notamment avec sa mère : « Maman se courbait, auscultait. Rien sous cet arbuste, contre cette haie, entre ces plantes, ces statues, parmi ce touffu, rien. L’exaspération dotait - saturait - le ton de sa voix et ses gestes de brutalité. Elle lui envoyait des chiquenaudes sur le crâne et les bras. On le touchait sans douceur. Elle était façonnée d’acier et de feu, elle était rude, impitoyable. De l’amour et de l’intransigeance abusive, lequel était le maître de l’autre ? Est-ce que le premier avait autant et peut-être plus, de réalité que la seconde ? » 

Le besoin de reconnaissance était essentiel pour Bill Tilden. Il souffrait terriblement du rejet et de l’oubli. Les revers sont approfondis par l’auteur dans tous leurs sens. Nous ressentons bien la déchéance de cet homme qui aurait aimé être encore reconnu alors qu’il était mis au ban de la société.

« Wimbledon et Roland-Garros plus puissants dans la mémoire collective que deux procès et deux emprisonnements ? Il lui serait vital de le croire, mais comment éviter le doute ? »

L’écriture brillante et la construction du texte voguant du passé au présent   rendent bien la complexité de ce personnage atypique qui était aussi ami avec Charlie Chaplin et a rencontré de nombreuses étoiles d’Hollywood.

Brigitte Aubonnet 
(16/04/26)    



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Daniel ARSAND, Revers
Actes Sud

(Avril 2026)
176 pages - 19 €

Version numérique
13,99 €






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