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Laurent JOFFRIN
Le crime de Le Floch
Décembre 1792. Trente ans ont passé depuis la première aventure de Nicolas le Floch. Et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’Histoire. Louis XV est mort, les Parisiens ont rasé la Bastille et pour Louis XVI, les choses se présentent plutôt mal. Son procès va s’ouvrir dans les jours qui viennent et après quelques affaires comme la fuite à Varennes et les documents secrets découverts dans l’armoire de fer, ses jours sont comptés. Le roman se termine en janvier 1793 où l’on apprend que le roi vient d’être guillotiné. Désolé d’avoir divulgâché cette issue fatale mais le suspense du livre, heureusement, n’est pas là…. Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil, s’est retiré sur ses terres bretonnes après avoir servi la monarchie avec courage pendant trois décennies en tant que policier chargé des enquêtes les plus délicates. Mais la Bretagne n’a rien de paisible en ces temps révolutionnaires et beaucoup de Bretons restent attachés à Dieu et au roi. Or, depuis juillet 1790, on demande aux prêtres de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Ceux qui refusent ce serment sont considérés comme réfractaires et s’exposent à une sévère répression. Mais de son côté, le pape Pie VI interdit aux fidèles de communier ou recevoir un sacrement des mains d'un prêtre jureur. Beaucoup de paroissiens préfèrent assister aux offices clandestins d’un curé réfractaire au milieu des bois… C’est dans ce contexte politico-religieux que s’ouvre ce nouveau roman avec un crime pour lequel les gendarmes demandent l’aide de Le Floch. « Nous avons été alertés par un fermier qui a sa terre près de la forêt de Brière. Hier midi, il a découvert un spectacle atroce. Au fond de son champ, près des arbres, une sorte de grande cabane de branchages a brûlé. Il a été intrigué par la fumée qu’il a vue s’élever à travers la fenêtre de sa ferme, au-dessus de la lisière de la forêt. Quand il est arrivé sur place, il a trouvé les restes fumants d’un édifice de fortune. Au milieu gisaient plusieurs animaux morts, deux chèvres et des volailles, qui entouraient le cadavre à moitié consumé d’un pauvre homme attaché à un poteau planté dans l’herbe. » Qui est cet homme ? On le sait tout de suite, il s'agit de Pierre Cornec, le secrétaire du club des Amis de la Constitution à Guérande. « – Cette affaire fera du bruit. Le club de Guérande est lié aux jacobins, qui sont l’état-major de la Révolution. » Mais par qui et pourquoi a-t-il été tué ? Et pourquoi de cette façon ? Plusieurs pistes vont s’ouvrir. Pierre Cornec représentait la Révolution dans la région, devenant ainsi la cible de tous les contre-révolutionnaires, attachés à la monarchie et aux traditions séculaires. Mais il était aussi un riche saulnier, propriétaire d’une belle exploitation de marais salants, une activité très lucrative. « L’homme habitait une grande maison dominant les marais qui s’étendaient comme autant de miroirs d’eau jusqu’à la mer dont le ruban bleu brillait au loin, du côté de Batz et du Croisic. » Le sel était indispensable pour la conservation des aliments et le commerce en était florissant mais un impôt, la gabelle, en alourdissait fortement le prix. La contrebande allait donc bon train, au nez et à la barbe des douaniers (surnommés gabelous), et beaucoup de "faux-saulniers" en vivaient. Or, la gabelle a été abolie par la Révolution au grand dam des contrebandiers. Une vengeance contre Cornec, saulnier révolutionnaire, serait une belle preuve du mécontentement local. Les soupçons se portent aussi vers l’Association bretonne qui veut justement défendre les privilèges de la province abolis par la Constituante. Cette association a été fondée par le marquis de La Rouërie. Nicolas Le Floch va prendre tous les risques pour démêler cet écheveau de violences révolutionnaires et contre-révolutionnaires, interroger tous les suspects, enquêter dans les châteaux et dans les bois. Son statut de marquis et de serviteur de la monarchie va parfois le desservir et nous allons ainsi découvrir avec lui les cellules du Mont-Saint-Michel où étaient emprisonnés les opposants politiques. Bien que marié à la charmante Aimée d’Arranet, le beau policier ne sait pas résister au charme féminin malgré les déboires que ces aventures amoureuses lui ont parfois apportés. « Comme toujours, ses écarts conjugaux trouvaient vite une légitimité dans son esprit, aussi fallacieuse soit-elle. Celui-ci était en quelque sorte commandé par les circonstances, ce qui excusait à ses yeux sa liaison inopinée, et faisait passer au second plan la parfaite mauvaise foi avec laquelle il se justifiait. » Encore une fois, on n’a pas le temps de s’ennuyer une seconde en suivant Nicolas le Floch dans une enquête trépidante, au cœur de la Bretagne, dans une période particulièrement troublée.
Serge Cabrol
(24/11/25)
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Sommaire
Noir & polar

Buchet-Chastel
(Octobre 2025)
320 pages - 21,50 €

Laurent Joffrin,
journaliste et écrivain, a déjà publié de nombreux livres parmi lesquels trois volumes des aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon.
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