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James BALDWIN
(1924-1987)
Toute une vie pour la condition noire
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C’est en France, où il était arrivé en 1948, à 24 ans, « avec quarante dollars en poche et une trouille monstre », que James Arthur Baldwin (New York, 2 août 1924 - Saint-Paul de Vence, 1er décembre 1987) a planché sur ses premiers ouvrages, deux romans, La Conversion (1953) et La Chambre de Giovanni (1956), et un recueil d’essais, Chronique d’un pays natal (1955), demeuré l’un de ses livres les plus célébrés. Plus tard, l’Américain natif de Harlem expliquera comment cet exil lui avait permis de devenir l’homme et l’écrivain qu’il aspirait à être : « Il n’était pas tant question de choisir la France - il était surtout question de quitter les États-Unis. […] À Paris, j’ai réussi à me débarrasser de tous les stéréotypes que m’avaient infligés mes concitoyens. […] On me laissait tranquille - tranquille de devenir ce que je voulais devenir. » Compagnon de Martin Luther King et de Malcom X Enfant du ghetto de Harlem, petit-fils d’esclave, élevé dans la pauvreté et la foi par sa mère Emma Berdis Jones et son beau-père David Baldwin, un pasteur baptiste, il prêchera lui-même dans le ghetto, adolescent, se destinant après un passage au lycée de Harlem à devenir prédicateur pentecôtiste. Ses trois années d’immersion dans le texte biblique expliquent sans doute le lyrisme et la pertinence de sa phrase, manifestes dans La Conversion qui le fit connaître aux États-Unis. Ce premier roman sonde un siècle de condition noire aux États-Unis : l’esclavage, la ségrégation, la grande migration des Noirs vers le Nord, la misère des logements de Harlem et la place, déterminante et ambiguë, de la religion et des cantiques. Employé dans une usine d’armement au début de la guerre puis garçon de café, il rencontre en 1944 Richard Wright, l’auteur réputé des Enfants de l’oncle Tom, qui l’aide à placer son premier manuscrit, un roman intitulé Les Élus du Seigneur. L’intellectuel homosexuel en a bientôt assez de l’Amérique : il y étouffe et sur un coup de tête, en novembre 1948, il file à Paris où il séjournera neuf ans. Militant opiniâtre contre les préjugés raciaux de l’Amérique blanche, résolument engagé dans le Mouvements des droits civiques, il est le compagnon de route et de combat de Martin Luther King (rencontré en 1957 à Atlanta) et de Malcom X (rencontré en avril 1961). Quasiment à la même époque, il s’en prend aux Black Muslims (partisans de la création d’un État noir indépendant sur le territoire des États-Unis) dont il critique en mauvaise part les méthodes et les excès. Toute sa vie, il restera fidèle à ses idéaux et à ses engagements dont l’œuvre écrite témoigne avec superbe : ses essais comme Chassés de la lumière, et ses romans tels L’homme qui meurt (1968), Si Beale Street pouvait parler (1974) et Harlem Quartet (1979). Le vieux mas aux amis de Saint-Paul de Vence Le 28 août 1963, cent ans après la proclamation d’émancipation des esclaves, publiée au mitan de la guerre de Sécession, James Baldwin prend part à la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté. Il est aux côtés de Marlon Brando, Joseph Mankiewicz, Harry Belafonte, Sydney Poitier et Charlton Heston. Tous les six ont choisi de croire au rêve que la chanteuse Mahalia Jackson a demandé au pasteur King de partager avec cette vibrante invite : « I have au dream ». Trois ans après le meurtre de Malcom X à New York (le 21 février 1965), cinq ans après celui de Medgar Evers par un membre du Ku Klux Klan (le 12 juin 1963), Martin Luther King est assassiné à Memphis le 4 avril 1968. Trois tragédies douloureusement vécues par l’écrivain et dont il ne se remettra pas. Ajoutées au déclin du mouvement noir aux États-Unis, miné par des dissensions et des querelles internes, les trois disparitions l’ont incontestablement affaibli et déterminé par sa volonté de quitter définitivement le sol américain pour s’installer en France. En 1971, Simone Signoret lui dégotte une belle location à Saint-Paul de Vence, un vieux mas du chemin du Pilon ceinturé par des oliviers, des orangers et des lauriers. Jimmy, ainsi que l’appelaient ses proches y reçoit les enfants du clan Baldwin : sa sœur Gloria et son frère David lui rendent visite aussi souvent que possible, leur mère Berdis est décédée presque centenaire en 1999. Outre ses jeunes neveux et nièces, de nombreux amis fréquentent la demeure appartenant à Jeanne Faure, une pied-noire qui nourrissait une véritable affection pour son locataire. Des amis et des personnalités comme Miles Davis, Maya Angelou, Cecil Brown, Nina Simone, Toni Morrison, l’actrice grecque Irène Papas, Marguerite Yourcenar, Yves Montand et le peintre américain Beauford Delaney. James Baldwin est mort le 1er décembre 1987 des suites d’un cancer de l’œsophage qui avait été diagnostiqué en avril, entouré de son frère David, de Lucien Happersberger, le premier homme qu’il avait aimé, et de Bernard Hassell, son assistant et dernier compagnon. À ses tout derniers instants, son frère David fit entendre dans la maison saint-pauloise le beau cantique chrétien Amazing Grace qui renvoie à la parabole évangélique du fils prodigue, un chant que Jimmy aimait tout particulièrement.
Claude Darras
(Hiver 2024-2025)
Cet article est extrait des Papiers collés N°52 de Claude Darras
James Baldwin, par Yannick M. Blec, éditions Gallimard, Folio biographies, 320 pages, 2024 ;
Chroniques d’un enfant du pays, par James Baldwin, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Darrieussecq, éd. Gallimard, collection folio, 272 pages, 2024 ;
La prochaine fois, le feu/The Fire Next Time, par J. Baldwin, traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Sciama, éd. Gallimard, coll. Folio, 256 pages, 2024 ;
Blues pour Sonny, par J. Baldwin, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-René Major, éd. Gallimard, coll. Folio, 80 pages, 2024.
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James Baldwin
(1924-1987)
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