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Sylvain KERMICI


Requiem pour Miranda



Sylvain Kermici met ses pas dans deux formes classiques du polar, le huis clos, forcément étouffant, et le serial killer, forcément terrifiant. Les deux sensations sont au rendez-vous.

« Elle est assise dans un fauteuil club. Elle paraît frêle entre les accoudoirs molletonnés. […] Ses mains sont attachées dans le dos par une cordelette blanche, ses pieds sont entravés par une paire de menottes. » Dès la première page nous avons franchi la porte du huis clos. La jeune femme, dont nous ne connaîtrons pas le nom (est-ce la Miranda du titre ?) apparaît comme l'archétype de la victime, de la proie. Elle est enfermée dans une maison que nous ne quitterons plus jusqu'à la fin du roman, sinon pour faire quelques pas autour de la propriété avec l'un des bourreaux. Dans cette première partie, nous avons le point de vue de la victime, sa dépersonnalisation en même temps que nous apprenons son histoire.

En face d'elle, deux individus, deux bourreaux, deux marginaux, deux malades mentaux, « le barbu » et « le jeune » ou « l'asiatique », dont nous apprenons dans une seconde partie un peu de leur histoire à eux aussi et surtout que ce sont des serial killers.

Elle, objet dans les mains des prédateurs, elle se raccroche à ce qu'elle peut pour repousser la réalité, le présent. « Elle repêche la tâche crème du canapé trônant au milieu du living », elle repêche son passé, son histoire, elle menace, elle essaye de rêver pour dire que c'est un simple cauchemar. Pour abdiquer une fois dénudée. « Ils ont raison. Depuis le début, ils profèrent la vérité. Elle l'entend à présent. Il est vain de lutter. Sa vie ne vaut rien. Ils ont forcément raison. Elle est une fonction organique. »

Eux, dans la seconde partie, à travers l'errance du jeune dans la propriété, à travers une sorte de journal intime du barbu, nous découvrons leur but, leur mentalité. Le barbu a écrit : « Je souhaite enfermer, utilisant les mots justes : réduire en esclavage. […] Une esclave. Aucune discussion possible. Aucun compromis... » L'asiatique, « il est celui qui tue, rivé à l'anonymat et à l'oubli. » Il trouve la propriété bien cachée. « Le camouflage est encore plus grand en automne, au sein du brouillard épais, sans couleur, sans passé ni avenir », loin des « cloportes » qui mènent une vie ordinaire. Deux bourreaux, deux profils, comme une mini société tortionnaire, deux bourreaux qui finalement sont insatisfaits.

C'est un roman coup de poing de par la brièveté du texte, des chapitres, environ une page et demie chacun, et la densité de l'histoire.

Fable noire dérangeante, qui vous obsède après la lecture et pose des questions : qu'est-ce que le présent sans passé ? La société ne tend-elle pas à vous réduire à une fonction ? La satisfaction de pulsions ne mène-t-elle pas à l’insatisfaction ?...

Michel Lansade 
(12/09/18)    



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Noir & polar








Equinox / Les Arènes

(Septembre 2018)
170 pages - 9,90







Sylvain Kermici,
né en 1976, vit à Paris.
Requiem pour Miranda
est son deuxième roman.





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son premier roman :
Hors la nuit