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Jeanne BENAMEUR


L’enfant qui



C’est l’histoire d’un enfant. Un enfant dont la mère est partie. Un matin, elle a disparu, s’est enfuie. Un jour, bien avant, elle avait raconté à l’enfant qu’il existait une maison d’où l’on pouvait inventer une ville. On y voyait loin. On y créait sa vie, son avenir.

C’est l’histoire d’un homme. Un homme de village qui, un jour de foire, a croisé une femme à jupe longue. Elle lui a lu les lignes de la main. Il est tombé amoureux. Il l’a emmenée dans la demeure familiale, lui a fait un enfant. Il a tenté de la garder.

C’est l’histoire d’une grand-mère, la mère de l’homme. Une grand-mère qui croit que l’existence est faite pour rester immobile. Tout s’oublie. Les drames, les déserts. Ne doivent rester que les habitudes, les us et les coutumes.

C’est l’histoire d’une femme qui, tel Godot, n’apparaît jamais mais emplit le récit : la femme disparue. Femme aimée, mère aimée, brue ignorée, elle avait cru se faire à la vie dans une demeure. Mais l’homme, son corps fort, ses cris, elle n’a pas pu. Elle a repris la route et seule la route sait où elle se trouve aujourd’hui.

Alors, un jour où le monde a l’air tout décidé à faire songer les êtres, l’enfant, le père et la grand-mère, chacun à sa façon, songe à cette route qu’elle a prise. Ils songent à celle qu’eux-mêmes, peut-être, devraient prendre. Ils songent que leur vie ne vaut pas grand-chose. Ils songent que la femme a peut-être eu raison de partir.

Ils lui disent adieu.

Sur la route ou ailleurs, la femme les entend, qui sait ? Jeanne Benameur ne cherche pas à apporter de réponse. Elle pose avec finesse et parfois poésie le chemin d’un deuil. L’imaginaire gourverne le récit. On y est dans les corps, dans les esprits, souvent dans les cœurs. Car les mots des trois personnages ne peuvent que toucher. On peut même s’y projeter, se demander ce que nos propres disparus nous ont légué. Vivons-nous plus fort faits de pertes ?

L’enfant qui est l’un de ces récits, petits, presque fragiles, qui emportent loin : au minimum jusqu’au tréfonds de soi.

Isabelle Rossignol 
(15/05/17)    



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Actes Sud

(Mai 2017)
128 pages - 13,80



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