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Roger n’a pas de chance ! Alors qu’il rentre chez lui avec son gros pick-up sous une pluie diluvienne, il écrase un cycliste. Comme il a déjà été arrêté en état d’ébriété et s’en est tiré avec un système d’antidémarrage pour un an, il sait que s’il est pris pour avoir tué un cycliste, il peut dire adieu à son permis de conduire. Et comme il est entrepreneur en bâtiment, il ne peut pas s’en passer. « Le mieux serait de fuir, mais les délits de fuite, c’est pour les lâches. On ne négocie pas avec ça. En revanche, faire disparaître le corps avec son bicycle, c’est différent, Pas de victime donc pas de crime On ne pourra jamais l’accuser de rien. » Il jette le vélo à la rivière, mais pour le corps, il décide de le cacher dans un coffre et de le couler le lendemain dans les fondations d’un garage qu’il doit construire. Voilà le début d’un imbroglio à la fois noir et drôle comme sait les construire André Marois. À noter qu’on retrouve ici Jacqueline, 76 ans, qui, dans La sainte paix, avait su régler à sa manière radicale un souci de voisinage en espérant que personne ne viendrait s’installer dans la maison la plus proche et troubler la sérénité de son havre de paix québécois en pleine nature. Malheureusement, une famille en a fait l’acquisition avec des enfants qui font vrombir leurs quads et le bruit infernal d’outils électriques pour la rénovation. C’est insupportable ! Le cycliste renversé par Roger s’appelle Dimitri et sa femme, inquiète, a signalé sa disparition à la police. Le sergent-détective Steve Mazenc, déjà croisé lui aussi dans La sainte paix, vient rencontrer l’épouse qui ne sait pas encore qu’elle est veuve et se demande seulement où est passé son mari. « Il pleut à boire debout : l'expression peut être prise au sens littéral. Voilà ce que se dit Steve Mazenc en quittant le poste de police 55 de la Sûreté du Québec à Saint-Gabriel-de-Brandon. Après dix pas dehors, il est déjà trempé comme un biscuit soda dans une soupe. Il serait mieux chez lui à regarder une série avec des flics étrangers qui bouclent leurs enquêtes en treize épisodes. Ça n'a pas été son cas dans les dernières années, il s'est cassé le nez sur tous ses dossiers. Le sergent-détective ne veut pas se laisser abattre non plus. La réalité ne ressemble pas aux feuilletons. Il a eu un peu de malchance, voilà tout, mais la roue tourne. Ce sera bientôt à lui de briller. » Le policier commence à chercher le cycliste et pense l’avoir retrouvé quand on repèche un corps dans la Mastigouche mais ce n’est pas celui de Dimitri. Mais à peine a-t-il réussi à identifier le noyé qu’il y a déjà un nouveau mort, brûlé dans son pick-up. Un disparu, un noyé, un brûlé, tout cela n’est pas dû au hasard et ces événements font partie de la même histoire. Mais quelle histoire ? Le lecteur le comprend au fur et à mesure, Jacqueline et Roger aussi mais le pauvre sergent, lui malgré tous ses efforts et toutes ses recherches n’aura jamais le fin mot de l’histoire… André Marois a réussi à créer un petit univers autour de la Mastigouche et il n’est pas impossible qu’on retrouve un jour Jacqueline la maline et Steve le sergent malchanceux dans une autre aventure, aux prises avec un autre mystère. L’écriture de l’auteur, émaillée de termes, d’expressions (et de jurons) typiquement québécois est un régal d’humour tendre et d’empathie envers ses personnages. Un roman noir, certes, mais qu’on dévore avec, souvent, le sourire aux lèvres. Serge Cabrol (12/03/26) |
Sommaire Noir & polar ![]() Héliotrope Noir (Mars 2026) 216 pages - 19 €
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