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Anne PERCIN


Les loups de Babylone


La narratrice, Sophie Cauchy, adjudant de gendarmerie, a obtenu sa mutation pour Millau, échappant ainsi à un compagnon pervers narcissique dont elle a subi l’emprise pendant cinq ans. Elle se demande encore comment elle a pu supporter cette descente aux enfers alors qu’elle se croyait forte et déterminée. Ce mécanisme de l’emprise est un thème intéressant du roman, cet enfermement progressif au nom de l’amour, les relations coupées peu à peu avec la famille, les amis, les collègues… « Priver quelqu’un de sommeil, l’assommer de reproches dont il doit se disculper, l’accuser sans fondement, feindre d’avoir reçu des témoignages, des confidences, manipuler les preuves. Je n’ai rien vu venir. » C’est un stage professionnel qui lui a ouvert les yeux. Apprenant à aider les victimes, elle a compris qu’elle en était une. La honte !

Maintenant qu’elle a réussi à fuir, elle a besoin de s’occuper l’esprit. Une affaire intéressante, quelque chose de motivant. Et justement, des parents viennent signaler la disparition inquiétante de leur fille. Jessica, vingt-deux ans, a lâché ses études et quitté la maison depuis deux ans pour partir dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Ensuite, elle a enchaîné des jobs agricoles (cueillettes, vendanges, maraichages...) dans diverses régions mais elle donnait toujours de ses nouvelles par téléphone. Et depuis plusieurs semaines, plus rien. Aucun signe de vie depuis qu’elle a rejoint une communauté écologique, la Bergerie, près de Millau. « Nous allons inscrire votre fille sur le fichier des personnes recherchées. En cas de contrôle d’identité, nous la retrouverons. Mais vous devez savoir que votre fille, si elle est retrouvée, peut ne pas souhaiter entrer en contact avec sa famille. Elle est majeure, c’est son droit. »

L’autre personnage important qu’on va suivre en alternance avec la gendarme, c’est un adolescent, Estéban, qui vit à la Bergerie. Un car de ramassage scolaire l’emmène au collège tous les jours et c’est un lieu qu’il déteste, où il subit un harcèlement toléré par les enseignants parce que ceux qui viennent de la Bergerie sont vraiment trop différents. On les appelle les "babos" moitié baba cool moitié cassos. La Bergerie est pour les citadins « un lieu éloigné de toute civilisation. Un lieu où l'on ne regardait pas la télé, chez qui personne ne possédait de téléphone portable, un lieu en zone blanche, hors du monde, en somme. Les babos ne connaissaient aucune série, ne jouaient pas à des jeux en ligne, ne fréquen­taient pas les réseaux sociaux. […] C'étaient presque des sauvages, au fond : vêtus sans effet de mode, avec des fringues de toutes les couleurs importées d'Inde, des chandails tricotés ou des jeans rapiécés. Quelques-uns, c'est vrai, étaient mignons et marrants, mais la plupart passaient pour des intellos totalement décalés, en dehors des modes, comme issus d'une autre époque. »
Heureusement, quand s’ouvre ce roman, Estéban rencontre au collège une nouvelle élève, Cassandra, qui dénote elle aussi par rapport à la « normalité » du lieu. Elle ne vit pas à la Bergerie mais en famille d’accueil chez le couple qui tient la station-service. Elle a un passé chaotique, se montre très rebelle et trouve distrayant de suivre Estéban dans son univers décalé. Grâce à elle, on va découvrir la Bergerie qui n’a rien d’une secte, où les gens vivent simplement dans le respect de la liberté des autres. Culture, élevage de moutons, fromages, vente de produits sur les marchés, une vie tranquille à l’abri des tensions de Babylone, comme ils nomment la société capitaliste dont ils refusent les règles et le fonctionnement. Nous allons aussi y rencontrer entre autres, Maud, une punk à chiens qui a quitté la rue pour se réfugier dans cette communauté pacifique, un personnage attachant et rugueux, qui n’a pas sa langue dans sa poche.

L’enquête de Sophie à la recherche de Jessica va aussi l’emmener à la Bergerie, lieu central du roman, au milieu d’un décor à la fois rude et magnifique, entre les causses et les gorges du Tarn, les habitats troglodytes à flanc de montagne et les abris de bergers dans les estives.

Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce livre où évoluent des personnages bien construits, issus d’univers différents, dont on découvre le passé peu à peu et dont on partage les réflexions, les émotions et les interactions parfois âpres. Anne Percin a déjà écrit de nombreux romans pour les ados et pour les adultes et ses deux veines d’écriture s’entremêlent bien ici en alternant les regards de Sophie ou Maud avec ceux d’Estéban ou Cassandra. Tous sont concernés d’une manière ou d’une autre par la disparition de Jessica…

Serge Cabrol 
(21/07/25)    



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Noir & polar








Folio Policier

(Juin 2025)
320 pages - 9,50 €


Ce roman a paru
en mars 2024 à
La Manufacture de livres.






Anne Percin,
a déjà publié une quinzaine de livres pour les adultes
et la jeunesse.

Bio-bibliographie sur Wikipédia





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