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HJORTH & ROSENFELDT


Le fardeau du passé


Les auteurs, Hjorth & Rosenfeldt, scénaristes pour la télévision, nous offrent un nouvel épisode et l’histoire d’une haine, Le fardeau du passé, huitième ouvrage d’une série consacrée à leur personnage central, « Ce salaud arrogant. Sebastian Bergman. », profileur et psychologue de la Criminelle de Stockholm, impliqué dans des enquêtes mouvementées. Il n’est pas seul, Hjorth & Rosenfeldt prennent soin d’emblée, en quelques pages pour les lecteurs qui n’ont pas lu l’ensemble des péripéties précédentes, de faire une mise à jour, et d’esquisser ce qu’est Le fardeau du passé. Forcément cela donne envie d’en d’acquérir les opus précédemment édités mais surtout d’avancer, informé, sur les 390 pages à venir.

Le fardeau du passé, non seulement peut être pesant, mais souvent, s’associe aux accrocs antérieurs qui ressurgissent inopinément, et trivialement appelés des casseroles. Elles suivent Sebastian Bergman, mais pas seulement lui. Sebastian, un personnage très intelligent et manipulateur. Sa personnalité n’attire pas, en général, beaucoup de sympathie, pourtant dans son domaine, il est une star. Outre son expertise dans les enquêtes, il écrit des livres suivis de beaux succès de vente lui procurant une célébrité certaine. Il aime se trouver au centre d’un événement et tire son énergie des challenges, se délecte de la montée d’adrénaline. Séducteur impénitent et insolent, cueillant et vivant l’instant, il refuse les conséquences de ses coucheries. L’origine de ce cynisme s’expliquerait-il par la perte, lors du tsunami de 2004, de sa fille Sabine et de son épouse ?

À présent persona non grata du service de la Criminelle dirigé par sa fille Vanja  Lithner, Le fardeau du passé, représente d’abord l’opportunité pour Sebastian d’un retour en son sein. Les relations entre le père et sa fille sont très compliquées mais elle l’appelle après la découverte du cadavre d’une femme dans une porcherie. Sur les murs, à la peinture rouge et en lettres dégoulinantes, une inscription figure, « RÉSOUS ÇA, SEBASTIAN BERGMAN », suivie d’un numéro « 304136 ». Un numéro de téléphone ? « Sebastian haussa les épaules. Il ne savait pas. C’était horrible, cette femme morte dont les cochons s’étaient goinfrés, bien sûr, mais rien à faire, beaucoup de choses dans cette scène de crime suscitaient son intérêt. Celui qui avait mis ça en scène était quelqu’un à son goût. » Persuadé de ne pas connaître la victime, cette inscription représente forcément un défi. L’affaire l’aiguillonne comme un appel à la vie, un coup de fouet ressuscitant son appétence à paraître le meilleur. « Il se sentait plus vivant que jamais. »

Parmi les casseroles, l’une d’elles concerne le meurtre de cette femme, inconnue de Sebastian, retrouvée dans la porcherie. Rapidement identifiée par l’équipe de Vanja, « La victime, Susanne Nordmark, soixante-cinq ans. Divorcée, vit dans un appartement de Rågsved, deux enfants adultes, tous deux domiciliés à l’étranger. Une vie chaotique. Ancienne toxicomane, allers-retours entre différents centres de désintoxication et séjours en prison jusqu’en 2015. Puis elle n’apparaît plus dans aucun fichier. D’après le bureau d’aide sociale qui lui versait son allocation, elle était clean. » Elle fréquentait le même établissement scolaire que Sebastian lorsqu’ils avaient dix-neuf ans. La famille de Susanne très croyante, et ses membres témoins de Jéhovah, l’avait rejetée. À l’époque, invitée par des garçons mondains, d’après les membres de sa famille, elle avait été pervertie et, pour eux, cette soirée préludait à une vie dissipée. Parmi les garçon mondains, Sebastian ! Le lien établi, Vanja  pose la question qui fâche et qu’elle ne peut retenir contre son père. « As-tu couché avec elle ? […] Je suis obligée de demander. Ce ne serait pas la première fois. » L’apparition impromptue de Sebastian dans cette enquête met beaucoup de monde mal à l’aise.


Autre fardeau, l’arrestation de Billy, un membre éminent du groupe et meilleur ami de Vanja. Il s’est révélé être un tueur en série s’en prenant même à ses collègues les plus directs. Il a trahi la confiance de Vanja fraîchement nommée à ce poste en remplacement de son mentor, Torkel, et compromis la pérennité du service qu’elle dirige. « Maudit Billy ! Maudit salaud de Billy ! » Les probabilités de survie de la criminelle s’amenuisent d’autant que le nom de Sebastian apparaît dans cette nouvelle affaire. Il focalise l’attention de la presse tout autant que le regard critique de la cheffe de la police, Rosemarie Fredriksson. Elle n’aime pas Sébastian Bergman, voit d’un très mauvais œil la mention de sa personne et menace de réorganisation complète de son secteur. Elle en fait part à Vanja qui se bat pour maintenir la cohésion et l’honneur de son service, par ailleurs, fait remarquer que les méthodes contestables de Sebastian ont été un atout pour l’arrestation de Billy. En même temps, intéressé il vrai par l’idée d’un prochain livre dont Billy serait le sujet, Sebastian garde un contact assez amical avec lui. En attendant, il doit lui annoncer que My, la mère de ses jumeaux, ne veut plus entendre parler de son ex-époux et désire faire adopter les bébés. Cette décision pour laquelle Billy doit donner son accord le fait cogiter et réveille en lui le serpent qui sommeille.

Autre fantôme du passé, Ellinor Bergkvist, petit piment, éperdument amoureuse de Sebastian et ombrageuse. Elle l’épie en pensant que Sebastian l’attend pour vivre un grand amour ensemble. Le hic, elle est en liberté conditionnelle avec interdiction d’approcher l’homme de ses fantasmes. Elle a tiré sur une collègue de Sebastian. Elle a réussi à se procurer les clés de son appartement, le range et s’imagine être bientôt chez elle le moment venu ; moment qui reste confus dans sa démarche mais devrait rendre sa présence inéluctable auprès de Sebastian. Bref, elle est quelque peu perturbée et perturbante. En attendant, une jolie jeune femme, Clair, venue sonner chez Sebastian, probablement encore une conquête pense-t-elle, aiguise sa jalousie. Elle compte s’en débarrasser. Elle se trompe car Clair est la fille d’un patient, Tim Cunningham, devenu un ami de Sebastian. Il vient de mourir d’une attaque cardiaque mais avait souhaité faire rencontrer Clair et Sebastian. Vu la différence d’âge, Sebastian a l’âge de son père, tous les deux s’en étonnent ? L’un et l’autre semblent rattrapés mystérieusement par Le fardeau du passé.

Chacun des personnages gravitant autour de Sebastian contribue à l’intrigue par sa complexité sans nuire à l’unité du propos. Ils bénéficient d’une autonomie qui densifie une narration d’autant plus rythmée que Hjorth & Rosenfeldt alternent des chapitres où les rebondissements se greffent sans faire préjuger du dénouement. Suspense assuré !

Michel Martinelli 
(01/12/25)    



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Noir & polar







HJORTH & ROSENFELDT, Le fardeau du passé
Actes Sud

Collection Actes Noirs
(Septembre 2025)
400 pages - 23,50 €


Traduit du suédois par
Rémi CASSAIGNE









Michael Hjorth,
né en Suède en 1963, producteur, réalisateur, scénariste et romancier.





Hans Rosenfeldt,
né en Suède en 1964, scénariste et romancier,
a créé la série télévisée Bron (Le pont).




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leurs précédents romans :

Justice divine

Ce qu’on a semé