A quel moment avez-vous créé votre compagnie de marionnettes
?
J'ai créé La compagnie PUNCHISNOTDEAD en sortant de l'Ecole de Charleville-Mézières
en 1999. Elle a été gérée par plusieurs structures
au début des années 2000 (dont la Compagnie du Faux Col de Meung-sur-
Loire) avant de s'organiser autour de l'association dieppoise L'ART EN GAINE depuis
2005.
Quels étaient vos objectifs prioritaires ?
Mon objectif principal : défendre une forme traditionnelle du théâtre
de marionnettes en la mettant en rapport avec des problématiques contemporaines.
Quels types de marionnettes utilisez-vous ?
Principalement la marionnette à gaine. Mais aussi la Muppet et l'objet.
Et le théâtre d'ombres m'intéresse de plus en plus.
Quels publics visez-vous ?
Cela dépend de l'heure à laquelle on m'invite à jouer.
Sur les séances de 10h et de 14h30, je privilégie le répertoire
tout public de la compagnie. En revanche passé 22h, l'accès aux
mineurs à mes spectacles se fait uniquement avec autorisation parentale
de moins de 3 mois validée par la préfecture de Région.
Certaines de vos mises en scène ont été réalisées
à partir de textes littéraires. Comment procédez-vous pour
adapter le texte ?
L'adaptation de ce genre de textes se définit par le cadre que l'on se
fixe : le type de marionnettes que l'on choisit, la narration avec ou sans texte
que l'on privilégie, l'importance que l'on donne à la musique.
Il m'est arrivé de partir de textes assez denses dont au final, il ne
restait plus un seul mot : la marionnette, comme la danse, permet de mettre
en place des dramaturgies exclusivement visuelles.
Quelles sont les difficultés rencontrées ?
Avoir une grande capacité d'anticipation pour nourrir le projet en amont
et une grande souplesse d'esprit pour tout remettre en cause au moment du passage
au plateau, ce n'est pas toujours très simple.
Vous intégrez des vidéos dans certains de vos spectacles comme
dans Le petit chaperon Uf. Quel est l'apport de cette technique ?
Tout dépend du spectacle. Dans Le petit chaperon Uf, l'idée
était d'aller dans le sens proposé par l'auteur à la fin
de la pièce. Jean-Claude Grumberg y confronte les deux versions les plus
connues du Petit chaperon rouge (celle de Perrault et celle de Grimm).
J'ai souhaité développer cette confrontation tant au niveau du
fond que de la forme. La vidéo y livre une version singulière
avec un langage à la Ed Wood fait d'effets simples mais spéciaux
tout de même
D'une autre manière, dans le prochain spectacle que je prépare,
la vidéo permettra de développer l'aspect fantasmagorique de l'immersion
dans les méandres fantastiques des contes de fée.
Quels sont les apports des différents arts et approches artistiques
dans l'art des marionnettes ?
Depuis plusieurs années, on assiste à un échange permanent
entre la marionnette et les autres arts. La marionnette se nourrit d'eux et
les nourrit : l'explosion des formes et des matières dans le domaine
des arts plastiques a permis à la marionnette de découvrir de
nouveaux horizons, dans le même temps plusieurs marionnettistes se retrouvent
sollicités dans les musées (Giselle Vienne au centre Beaubourg
de Paris en début d'année, Michel Laubu Turak Théâtre
l'an dernier au Musée Gadagne à Lyon) ; les problématiques
de dramaturgie et de mise en scène très présentes dans
le théâtre d'acteurs ont permis aux spectacles de marionnettes
de préciser leurs écritures (et leurs lectures), dans le même
temps plusieurs metteurs en scène de théâtre se tournent
vers la marionnette pour exploiter sa force expressive et son intérêt
scénographique. Le questionnement du mouvement et donc de l'immobilité,
que l'on retrouve aussi bien dans la danse que dans la marionnette se retrouve
dans des propositions chorégraphiques ayant recourt à ces deux
approches artistiques.
Vous jouez avec le castelet puisqu'à certains moments vous manipulez
les marionnettes derrière le castelet et parfois devant comme dans Ubu
Forever. Quel est l'intérêt de ce jeu pour vous ?
Cette pratique est issue de la tradition du théâtre forain. Il
tisse un lien entre marionnettes et spectateurs via un personnage singulier
: le bonimenteur. Les marionnettes jouent une histoire. Le personnage du bonimenteur
s'amuse avec le regard que le public porte sur cette histoire. Pour le marionnettiste
cela permet de jouer à deux niveaux : avec ses marionnettes et avec le
public. C'est assez jouissif.
Comment trouvez-vous le rythme d'un spectacle ?
Le rythme du spectacle se trouve avec le metteur en scène
et avec
le temps. Pour le metteur en scène, il s'agit d'exploiter le temps des
répétitions pour trouver le meilleur équilibre entre tous
les éléments mis en jeu : la marionnette, l'acteur, la musique,
la scénographie, les costumes, les lumières
Quelles sont les durées privilégiées pour vos spectacles
?
En général on tourne autour de 60 minutes.
Produisez-vous parfois des durées très courtes ?
J'ai des canevas en marionnettes à gaines que je peux adapter entre 15
et 30 minutes. Actuellement je prépare des formes courtes en théâtre
d'ombres autour de contes décalés.
Quels sont les apports des formes brèves ?
Elles fatiguent beaucoup moins que les formes longues ! Sérieusement
: de manière très pragmatique, elles permettent souvent d'amener
la marionnette vers le spectateur dans le cadre de programmation en décentralisation.
Elles permettent aussi aux marionnettistes de tester des choses sur une courte
durée qui ressortiront (ou pas) plus tard sur une production plus importante.
Quel rôle peut jouer l'improvisation dans vos créations ?
C'est une pratique assez nouvelle que j'ai découverte aux côtés
d'improvisateurs lyonnais. L'improvisation en marionnettes à gaine offre
un lâcher prise qui permet de dépasser la technique souvent très
contraignante de ce type de marionnettes. Cela permet aussi de revenir aux origines
de cette pratique : un théâtre de l'instant qui se rit des circonstances
qui l'entourent.
Quelle est, actuellement, la visibilité des spectacles de marionnettes
?
La marionnette bénéficie aujourd'hui d'une belle visibilité.
Avec l'institut de la Marionnette et l'Ecole de la marionnette de Charleville
depuis 20 ans, et tout récemment avec les pôles de la marionnette,
elle s'est tissée un réseau interne de plus en plus reconnu, mais
elle est aussi de plus en plus présente sur les réseaux "classiques"
comme les scènes nationales et les centres dramatiques nationaux. Deux
jeunes marionnettistes viennent notamment d'être nommés à
la tête de CDN (Renaud Herbin au TJP de Strasbourg, Johanny Bert au CDN
de Montluçon) c'est un signe plutôt encourageant pour la profession.
Surtout, la marionnette a réussi à montrer ces dernières
années, que si elle savait s'adresser magnifiquement aux enfants, elle
pouvait tout aussi bien interpeller un public exclusivement adulte (je pense
aux spectacles d'Ilka Schonbein, Emilie Valentin, Giselle Vienne, Neville
Tranter, Hotel Modern et tant d'autres).
Quels sont les lieux les mieux appropriés aux représentations
?
Là encore tout dépend du spectacle. Si je m'en tiens à ma pratique,
il est évident que la marionnette à gaine passe mal sur la scène
de l'Olympia. De part sa taille notamment, elle préférera un rapport
plus intime et une jauge plus humaine. A l'inverse les marionnettes de Royal
de Luxe interviennent à l'échelle d'une ville pour un public de
masse.
Vous intervenez comme artiste associé pour le Festival de Marionnettes
de Mirepoix
qui aura lieu début août. Quel sera votre rôle
?