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MARIVAUX

La double inconstance


Sociétaire de la Comédie-Française, Anne Kessler nous propose, pour sa première mise en scène à la Salle Richelieu, sa version de La double inconstance de Marivaux, auteur qu’elle aime et dont elle a bien compris la parole.

Une jeune paysanne, Silvia, est amoureuse d’Arlequin. Mais le Prince, qui a jeté son dévolu sur elle, la fait enlever et la garde en son palais. À la suite de quoi, il charge Flaminia, sa conseillère, de déstabiliser le bel amour de Silvia et d’Arlequin. Sûre d’elle-même, Flaminia propose au Prince, une Silvia livrée sur un plateau : « Vous pouvez en toute sûreté ordonner les apprêts de votre mariage… je vous garantis aimé. »

Peu à peu, la séquestration de Silvia au palais ne se révèle pas si désagréable que cela. De même, on propose à Arlequin, qui n’en a cure, honneurs et richesses ou de bien manger, ce qui l’intéresse davantage… et si le bonheur émerveillé d’Arlequin et de Silvia a la consistance de l’amour absolu, eh bien, insidieusement, de petites « inconstances » pointent le bout du nez. Oh, pas grand-chose, mais tout de même ! Les flatteries de Flaminia à l’égard d’Arlequin ne laissent pas le garçon insensible. Il tombe sous le charme de Flaminia et commence à négliger Silvia. De son côté, celle-ci n’est pas indifférente à cet officier – le Prince déguisé en officier – qu’elle a eu  l’occasion  de rencontrer par le passé. Et puis, séduite par les splendeurs du palais, elle trouve Arlequin de plus en plus disgracieux.

Au fil de scènes cocasses, un tantinet cyniques, on assiste au spectacle de la dissolution de l’amour absolu, à cette double inconstance de Silvia et d’Arlequin.

La comédie de Marivaux a été créée le 6 avril 1723 à l’Hôtel de Bourgogne. En une sorte de « palais-laboratoire », le célèbre dramaturge a cherché à mesurer l’éphémère des sentiments amoureux. Mais il y a également de la satire sociale dans son texte, une autre forme d’inconstance, véhiculé par l’étonnement d’Arlequin vis-à-vis de la richesse inutile de son époque : « À quoi bon deux maisons,  quand on ne peut en habiter qu’une seule à la fois, […] des meubles luxueux, alors qu’une bonne table et quelques chaises suffisent. »

Si le théâtre doit trouver à chaque époque des formes nouvelles, c’est avec beaucoup d’intelligence qu’Anne Kessler a entrepris sa mise en scène. Elle a conçu un décor XVIIIe, dépouillé, avec un cocktail vestimentaire où les comédiens sont vêtus façon époque, façon contemporaine. Elle a imaginé de petits îlots humains disséminés sur le plateau où l’on papote langoureusement accompagné par les tonalités d’une guitare. De la fantaisie, des situations poétiques,  fluidifient le texte de Marivaux, en même temps qu’il le dépasse et l’on a parfois le sentiment d’être « dans le chantier d’une pièce », un peu comme si elle était en préparation.
Que dire des comédiens ! Homogènes et équilibrés dans leur jeu dramaturgique, ils sont tout simplement épatants et il n’est qu’à de se laisser aller jusqu’à la Salle Richelieu. De se faire plaisir avec une comédie qui nous raconte.

Patrick Ottaviani 
(11/07/17)    



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Une loge
pour le strapontin









Comédie-Française
Salle Richelieu


Place Colette
75001 Paris




Mise en scène
Anne Kessler

Avec
Catherine Salviat
Éric Génovèse
Florence Viala
Loïc Corbery
Stéphane Varupenne
Georgia Scalliet
Adeline d'Hermy

Dramaturgie
Guy Zilberstein

Scénographie
Jacques Gabel

Costumes
Renato Bianchi

Lumières
Arnaud Jung

Travail chorégraphique
Glysleïn Lefever

Réalisation sonore
et vidéo
 Nicolas Faguet

Maquillages
Véronique Nguyen

Coiffures
 Cécile Gentilin

Assistanat à
la mise en scène
Gabriel Tur