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Gallimard
(Février 2025)
144 pages - 25 €
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Georges NAVEL
(1904-1993)
Près des abeilles
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L’ouvrage, illustré par des photos de familles, est extrait de « Chacun son royaume » et comprend cinq chapitres : Rencontre (en l’occurrence les Chardonnet qui lui offrent le gîte, le couvert et du travail dans leur ferme du midi de la France) ; René (son frère ainé qui vit dans ces années 30 dans une communauté végétaliste où l’on travaille la terre quand on en a envie) ; Au vieux Saulnier ; D’un automne à l’autre et celui qui va donner son titre au texte, Près des abeilles. Le texte de George Navel est une sorte de journal qui raconte sa vie marquée par le socialisme et l’anarchie, ainsi qu’une vie saine au grand air, dans les années 1930. Les membres engourdis, les compagnons se frottaient les yeux. Je retrouvais mes dimensions précises, puis la pelle et la pioche, sans plaisir, après une cigarette et un coup de vin. Je chargeais les wagonnets avec un Vénitien. Barba le Grand-Père piochait près de nous ; affaibli par l’âge, le vieux terrassier ne mangeait guère, mais tétait souvent sa gourde de vin. Le soir, chez les Chardonnet, le repas fini, une bonne torpeur me gagnait, la fatigue devenait bonheur. Bonheur d’être là, de voir le feu ou la lampe, de regarder Marie ou Pierrette, de parler ou de lire un peu, d’exister simplement en amitié avec les gens, les choses, le monde. Quelques pages d’un livre me réveillaient. Un bon feu chauffait la pièce. Avant d’aller dormir, je sortais pour faire un tour sur la route, du chaud au froid, le temps de regarder le toit du bercail dans son entour d’infini. La fenêtre, volets ouverts, projetait sa clarté sur les branches de l’amandier qui commençait sa floraison. » Voilà tout le portrait de Georges Navel. Il travaille pour gagner de quoi s’acheter gite, quand on ne lui offre pas, couverts et denrées, toujours dans la sobriété, mais sans plus, trouvant comme Prévert dans Le temps perdu que « c’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ». Il travaille comme terrassier, aux marais salants, comme apiculteur, toujours au grand air dans l’exercice physique, au plus près de la terre. Préférant au travail rémunéré, cultiver son jardin, la lecture et l’amitié. Il est terrassier dans le sud de la France et travaille à l’établissement d’une route. « Avant que Joseph meugle dans la corne, on voyait venir Pierrette avec le panier de notre déjeuner. Louis ne mangeait guère, je dévorais les deux tiers des nourritures apportées par la fillette. Au bon soleil de midi, le feu n’était plus nécessaire. Après le repas l’équipe dormait. Dans le profond sommeil, je me sentais vivre, dilaté, uni à la terre heureuse, à la mer ensoleillée. Joseph tirait de sa corne un appel de détresse. » « … Les forces que je ne donnais pas au travail, en joyeux retour m’accordais élasticité, légèreté, plénitude. Je marchais, j’aurais pu courir, grisé de beau temps, du soleil et de la lumière d’avril, la marche m’enivrait. Fermant les yeux, j’attendais l’aube d’un autre soleil, un éclair jailli d’un bonheur que je m’efforçais de rendre plus intense. Avec mon secret, j’irais partout, heureux au bagne comme en usine, dans les villes noires comme dans mon éden. J’aurais la formule d’une illumination à l’autre, la litanie d’un poème pour l’enchantement. J’aurais gagné la partie du bonheur possible pour un, possible pour tous, si je parvenais à déchirer le rideau dont l’opacité séparait mon âme du secret d’enchantement que, plus réveillé, elle pourrait découvrir, marcher, respirer fort, grisé de mouvement, ivre d’air bleu, présent à la vie par toutes mes fibres, la grâce des révélations soudaines dans un éclair me visiterait. Pour toujours, je serais relié au chant du monde. » Comme dirait Giono qui a écrit la préface de ce livre. Près des abeilles est un livre enthousiasmant qui désigne une autre voie où on ne perd pas la vie à la gagner, en harmonie avec son corps et les éléments.
Michel Lansade
(23/10/25)
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sommaire
Pour mémoire
Préface de
Jean Giono
Georges Navel
(1904-1993)
est un écrivain prolétarien libertaire qui a publié ses livres tout en occupant divers emplois : manœuvre, ajusteur, terrassier, ouvrier agricole, apiculteur…
Bio-bibliographie sur
Wikipédia


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