Retour à l'accueil du site





Jean GIONO
(1895-1970)

Voyage à pied
dans la Haute-Drôme

Notes pour Les Grands Chemins

« Ce texte inédit de Jean Giono aurait pu rester encore longtemps inconnu du grand public. Le manuscrit en dormait, depuis plus de quatre-vingts ans […] au sein des archives de la section spéciale de la Cour d’appel de Paris – une juridiction d’exception mise en place au début de la Seconde Guerre mondiale par le régime de Vichy […] La consultation des dossiers d’instruction était interdite jusqu’en 2015. C’est donc à la faveur d’une recherche récente menée sur ce tribunal, n’ayant a priori pas de rapport avec Jean Giono, que ce texte a pu être retrouvé. Heureux hasard. »

Écrire n’est jamais facile et demande toute une préparation. Voici ce que présente ce livre, la méthode de travail qui permet de faire aboutir un projet avec les conseils de Jean Giono. En effet, il nous révèle les secrets de la préparation de son roman Les grands chemins.

« C’est d’abord un carnet de voyage de "quelqu’un qui va sur les routes" et qui se dit "émerveillé de retrouver cette énorme liberté qui vous pousse d’un endroit à un autre, sans autre but que la liberté." Ce périple drômois, Jean Giono, le fit du 20 au 27 juillet 1939, dans cette région préalpine des Baronnies provençales, située entre Gap et Vaison-la-Romaine. »
« Mais ce texte n’est pas un récit de voyage clos sur lui-même. Il s’agit surtout d’une base de travail pour une œuvre qui ne verra le jour qu’en 1951 : Les grands chemins. »
« Pour que dans l’œuvre elle-même je puisse presque à chaque phrase donner une très grande richesse d’images (j’entends suggestions des mots) et de sens. Il faudra qu’avant de partir dans ce travail je sois assez riche pour ne pas me "reposer" sur une phrase ni rien faire repartir à partie d’elle mais au contraire tout "varier" à partir d’elle. (Varier dans le sens Mozart.) Pas de leitmotiv. Allez de l’avant comme ici sur la route chaque pas pousse l’autre, que chaque phrase pousse l’autre. En réalité, très exactement sens Mozart. Un motif, une phrase pour si belle qu’elle puisse être, la dire, l’abandonner tout de suite et créer sans interruption. C’est seulement à ce prix que Les grands chemins pourront être un livre. »

Jean Giono explique qu’il inaugure un nouveau régime d’écriture en partageant la page en deux colonnes, l’une avec une suite de descriptions et l’autre avec les notations de sons, de couleurs et d’odeurs.

Une carte permet de suivre le parcours de 170 km réalisé à pied par Jean Giono puis le texte est présenté avec ses deux colonnes.

Nous marchons avec lui, nous sentons la Provence avec lui, nous pique-niquons, nous découvrons, nous rencontrons des personnages… Bref, Jean Giono nous embarque dans son voyage qui lui permet de réfléchir, de se sentir vivre, de découvrir une statue qui le bouleverse : « Je n’ai jamais été touché par de la sculpture comme je le suis. À chaque seconde là, encore de formidables échanges se font entre les suaves yeux vides et mon âme, entre les formidables sillons d’amertume qui descendent du nez de lion pour serrer les épaisses lèvres, épaisses et satisfaites, et amères de cette satisfaction, et tout ce que je suis, moi, là, debout devant le dieu avec mon passé et mon avenir. Impossible de me déraciner de devant le magique visage jamais vu, jamais espéré et qui est là. Envie de l’avoir à moi. Envie de l’acheter. Décidé à acheter la grange, s’il faut mais il me faut cette pierre avec moi. Elle vient d’entrer dans mon sang avec le visage qu’un ouvrier (sûrement d’ici même) y a gravé. Je ne cherche pas à m’expliquer pourquoi c’est le Bouddha. Et c’est exactement le Bouddha sans que cet ouvrier ait pu savoir même le nom de ce dieu. Et cependant jamais ce dieu n’est sorti si beau, si divin, si vivant d’une main humaine. Il faut que j’achète cette pierre. C’est brusquement, là maintenant, un besoin vital et définitif. »

L’écriture de Jean Giono se déploie pour épanouir la nature sous nos yeux, les sensations que procure le lien avec les arbres, les pierres, la terre, le chant des oiseaux…

L’ouvrage se termine sur une « Présentation par Jean Giono de l’exposition des "Peintres, témoins de leur temps" sur le thème "Routes et chemins" » ainsi qu’un texte « Autour du manuscrit : L’affaire judiciaire de Jean Giono » qui rappelle pour quelles raisons l’auteur a été interrogé en 1941 par la justice de Vichy dans l’affaire de "L’auberge du Monde nouveau" et comment son carnet de voyage utilisé pour le disculper s’est retrouvé enfoui dans un dossier pendant quatre-vingts ans.

Cet ouvrage est très bien construit et précieux pour évoquer des évènements de la vie de Jean Giono, certains aspects de son travail de création littéraire, sa relation avec la nature, ainsi que son rapport à la réalité du moment que représentait la Seconde Guerre mondiale.

Brigitte Aubonnet 
(09/12/24)    




Retour
sommaire
Pour mémoire














Jean Giono
(1895-1970),
écrivain et scénariste, membre de l'académie Goncourt à partir de 1954.

Bio-bibliographie sur
le site Gallimard









Éditions des Busclats
(Octobre 2024)
120 pages - 15 €

Version numérique
10,99 €





Les grands chemins a paru chez Gallimard en 1951, puis en collections
de poche.


Folio

256 pages - 7,80 €