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Gallimard

(Mai 2026)
128 pages - 14 €

Max FRISCH
(1911-1991)

Réponse du silence
Une histoire de montagne



Un homme, que l’on nomme « le marcheur solitaire » ou « l’original », a décidé de gravir la crête nord d’une haute montagne suisse. Crête réputée périlleuse et jamais vaincue. Il s’agit pour lui d’accomplir quelque chose de grandiose, quitte à en mourir.
Fidélité à une promesse d’adolescent ou conviction profonde, rien ne pourra l’en dissuader.  Il s’était juré à dix-sept ans de ne pas mener une vie ordinaire, de devenir un artiste ou un inventeur. Il s’est essayé au théâtre, à la musique, à la peinture mais les années ont passé et aucune de ses tentatives de création n’a abouti.
Tandis qu’il se dirige résolument vers l’auberge où il établira son camp de base, les paysages qu’il traverse traduisent, par la magie de l’écriture, ses états d’âme. Vallée escarpée, pins couleur de rouille, versant abrupt, langue de glace au-dessus du vide, grondement du torrent, bloc monstrueux.  Ces évocations suggèrent aussi le danger qui le guette.
Il se donne deux ou trois jours pour s’entraîner à gravir les parois car il veut réussir cette ultime tentative de s’acquitter de ses espérances de jeunesse. « Une fois au moins il doit oser, agir ou mourir, car la vie comme elle s’annonce, la vie d’un homme moyen, il n’en veut pas, voilà ce qu’il s’est juré, jamais il ne la supporterait – jamais, au grand jamais ! »
Tandis que l’homme emprunte un petit sentier, l’auteur nous offre un spectacle en son et lumière : le grésillement des sauterelles dans la prairie, le bourdonnement des abeilles, « le bruissement d’un lézard qui se dorait sur une pierre chaude », « l’éclat d’un papillon qui s’évanouit en zigzaguant », « les lointains bleutés qui scintillent et qui tremblent au-dessus des versants. »
Le grimpeur a réussi à gravir une paroi haute comme un mur de cathédrale. Et c’est un silence étrange qui l’accueille au sommet, « un silence dépourvu de nom, qui est peut-être Dieu ou le néant. » De là-haut il regarde la crête nord avec ses jumelles. En la scrutant de près elle apparaît vraiment monstrueuse. Les parois sont verticales, voire en porte-à-faux, on ne sait pas s’il y a des prises. Mais un ordre est un ordre.
Au retour il croise Irène, une belle étrangère de passage. Il lui confie son projet d’escalade. Quand elle lui demande pourquoi, il ne trouve pas de réponse à cette question. Pendant les jours de pluie qui suivent ils feront plus ample connaissance et le marcheur, dont on apprend qu’il est professeur va exprimer sa révolte, sa misanthropie et surtout son désespoir. Il a trente ans et « il a toujours dit que celui qui n’avait rien accompli à trente ans pouvait aller en paix se pendre au prochain arbre ». Pour lui, la vie est vide faute de sens, on agit par ennui, même avoir et élever des enfants se fait par ennui. Irène est stupéfaite et n’en croit pas ses oreilles. Tandis qu’il marche sous la pluie, il continue à réfléchir ; ne faudrait-il pas se contenter d’admirer la beauté qui est le sens du monde ? Comme l’expérience serait le sens de notre existence ? Mais il se sent exclu de ce monde et de sa beauté, « si seul, si étranger, si sourd dans le grand silence de la forêt. » « Il doit se marier dans dix jours, fonder une famille, lui qui a perdu pied, et être pour d’autres un guide, un professeur, un père ! »
Quand le beau temps revient, Irène décide d’accompagner le marcheur sur un bout de chemin vers le refuge de l’Oberhorn. À vrai dire elle s’impose car il ne l’aurait pas autorisée à venir. Tandis qu’Irène se réjouit de la beauté de ce matin frais après la pluie, de voir une marmotte qui détale, de marcher dans un névé, le marcheur se tait. Il essaye de se débarrasser d’elle prétextant qu’elle ne pourra pas suivre mais elle résiste vaillamment. Pendant ce temps, à l’auberge, une jeune femme est arrivée et elle attend le marcheur. On devine qu’il s’agit de sa fiancée.
Dans ce roman, la nature, les paysages, la magie de la montagne sont très présents, même palpables. Il est certain que l’auteur a randonné dans ces montagnes et il nous restitue jusqu’aux sensations du marcheur sur le sol assoupli par la pluie. L’auteur en fait un personnage qui apporte le contrepoint au marcheur solitaire, un peu comme dans la littérature romantique germanique. Elle est d’autant plus belle et joyeuse que l’homme est morose et taiseux. Ce roman est aussi un hymne à la vie, un roman philosophique.
« Le soir, quand il retrouve la vallée, le ciel s’est couvert ; les ombres des nuages remontent les versants et glissent comme des voiles sur les névés finement dorés, et c’est beau quand on regarde ces nuages qui glissent, et les ombres, et les forêts brunes et violettes. Une vapeur bleutée emplit la vallée, et parfois le soleil perce à travers, de ses rayons obliques lancés comme des boisseaux de javelots argentés. »

Nadine Dutier 
(13/07/26)    




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Pour mémoire




Préface
d'Erri De Luca
traduite de l'italien
par Danièle Valin


Roman traduit de l’allemand (Suisse) par
Julien Lapeyre de Cabanes







Max Frisch
(1911-1991)
né à Zurich, après ses études et des voyages en Europe centrale, est devenu architecte tout en se consacrant à sa vocation littéraire. Son œuvre comporte de nombreuses pièces de théâtre et des romans.


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