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Quiero
(Août 2025)
96 pages - 15 €

Stig DAGERMAN


La seule chose insensée est d’accepter le possible


Pour le grand public, Stig Dagerman est surtout connu pour son livre Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, livre dont le titre ne pouvait laisser indifférent. Mais La seule chose insensée est d’accepter le possible retiendra probablement l’attention aussi. C’est à souhaiter tout du moins car ce livre est passionnant pour qui veut mieux connaître l’auteur suédois qui s’est donné la mort à 31 ans après avoir écrit des textes inoubliables : son grand succès, L’île des condamnés, mais également L’enfant brûlé. Romans, nouvelles, essais et chroniques, poésie et théâtre, Stig Dagerman a touché à tout.

Ici, sous ce titre qui vient d’une phrase que l’auteur a écrite en 1949 en réponse à une question sur le mouvement des Citoyens du monde, sont regroupés des chroniques, des lettres, des réponses à des enquêtes, des comptes rendus de lecture que Stig Dagerman a publiés dans des journaux. Tous sont inédits en français, ce qui fait de ce petit recueil, petit par la taille seulement, une pépite à côté de laquelle on ne peut passer. Redécouvrir les mots et le ton de Stig Dagerman, c’est en effet si émouvant. C’est comme s’il renaissait et nous parlait, nous écrivait encore.

On pourrait d’ailleurs réellement croire qu’il est ressuscité et qu’il écrit aujourd’hui même ce que nous lisons dans ce recueil tant tout est moderne, quasiment d’actualité. Stig Dagerman, rappelons-le, était un tenant de la littérature prolétarienne, ce qui lui donnait un regard des plus affûtés sur le monde artistique, sur la place de la littérature dans la société ou sur le rôle, la fonction de l’écrivain. Étant donné la crise que traverse la culture (et le monde du livre en particulier) à notre époque, ses réflexions font écho à bien des problématiques actuelles, ce qui rend la lecture de ce livre des plus nécessaires.

Mais il y a plus. Il y a tout le plaisir de réentendre la langue de ce grand auteur, grand car humain, exigeant, tendre et drôle, toujours juste et lucide. Simple aussi, lui qui savait traduire ce que tout un chacun éprouve, comme en témoigne cette phrase : « Je croyais être né pour tout alors qu’à l’évidence, je ne suis que né. » Parlant de politique, il a la même acuité avec en plus une solide ironie, comme le démontre cette fois le passage qui suit, où il fustige un sommet politique de 1954 : « On commence à connaître par cœur l’inusable rengaine : des prisonniers politiques enchaînés, également nommés "les quatre Grands", descendent dans la galère du monde ; deux semaines plus tard, ils en ressortent, frappés d’avoir découvert qu’il est impossible de déplacer le navire, étant donné que les rames ne sont pas tournées dans la même direction. » De telles phrases, tout le livre en récèle.

Un livre pépite, c’est donc certain. Un livre à butiner, à prendre et reprendre de la préface au dernier mot. Car aucune page n’est inutile. Il faut dire que les éditions Quiero ne sont pas coutumières du fait puisque tous leurs livres sont de qualité. Lire Dagerman puis consulter leur beau catalogue, voici qui serait en somme sensé.

Isabelle Rossignol 
(15/09/25)    




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Pour mémoire






Préface de

Philippe GENESTE















Stig Dagerman
(1923-1954)
auteur suédois, romancier, dramaturge, essayiste, a écrit une vingtaine d'ouvrages avant de se suicider à 31 ans.

Bio-bibliographie sur
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