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Jean MECKERT / Jean AMILA
(1910-1995)

Y’a pas
de bon Dieu !


L’auteur
Jean Meckert, né à Paris en 1910, a adopté le pseudonyme de John Amila, puis Jean Amila, en 1950 pour publier des romans policiers dans la Série Noire à la demande de Marcel Duhamel. Il en a écrit vingt et un en trente-cinq ans, dont plusieurs ont été adaptés pour le cinéma ou la télévision.
Auparavant, dès 1941, il avait commencé par publier sous son véritable nom dans la collection blanche de Gallimard. Ces livres sont réédités maintenant dans la collection Arcanes chez Joëlle Losfeld.  
Parallèlement, il a publié plusieurs dizaines de romans populaires chez divers éditeurs et sous divers pseudonymes : Duret, Mariodile, Duvivier, Pivert…
Dans la préface de Y’a pas de bon Dieu !, Stéphanie Delestré et Hervé Delouche présentent l’auteur en quelques pages, son univers et ses conceptions libertaires.
Parmi ses thèmes de prédilection :
« L'homme droit et seul, écrasé par la société, humilié par les puissants et qui, pour recouvrer sa dignité, se révolte sans craindre l'échec ni la mort. »
« Les dangers de l'arme atomique, un souci qui hantera son œuvre, qui lui fera par exemple dénoncer les essais nucléaires français en Polynésie. »
« S'ils constituaient déjà un univers littéraire qui singularisait l'œuvre de Meckert, ces sujets le rapprochent également de celui du roman noir. Une littérature à la fois révoltée et désillusionnée, qui raconte la vie des perdants en se situant à leur côté, en exprimant leur point de vue. En entrant à la Série Noire, Jean Meckert a donc changé de nom, mais les vingt et un titres qu'il y a publiés, sur une période de trente-cinq ans, ne feront qu'entretenir et amplifier ses préoccupations et ses colères, en s'adressant à un public plus large grâce à l'audience de cette collection populaire. »

Le roman
Paradoxalement, le narrateur de Y’a pas de bon Dieu ! est un pasteur du rite méthodiste, Paul Wiseman. Il a vingt-neuf ans, il est en prison et c’est de la bibliothèque du pénitencier qu’il nous raconte ce qui l’a amené là.
Nous sommes aux États-Unis en 1950 à Mowalla un village tranquille dans une vallée fertile mais cette tranquillité vole en éclat quand un puissant consortium décide de construire un barrage. Dès les premières pages, nous voyons le pasteur menacé par trois hommes.
« L'homme en blanc avait allumé une cigarette. Il parais­sait calme et, lorsqu'il vint vers moi, il avait le ton d'un homme de bonne compagnie.
– Pasteur Wiseman, c'est la lutte de l'escargot et du bison. Si vous ne fuyez pas, vous serez écrasé. Nous devons construire un barrage dans cette vallée, et nous le construi­rons ! Mowalla se rebâtira à la limite des eaux. Pour la der­nière fois nous vous demandons de considérer notre offre avec intelligence !
– Vous connaissez notre réponse !
– Oui... Permettez-moi de vous dire que vous agissez sottement !
– Il n'y a aucune sottise dans le fait de tenir à de vieux souvenirs. Mowalla est un village de l'époque des pion­niers, tout chargé de souvenirs et d'esprit. Le torrent de Mowalla est fait pour couler au fond d'une vallée fertile et heureuse. Dieu n'a pas créé ce village pour le laisser noyer par cinquante mètres de fond... Allez faire votre barrage ailleurs ! »

À partir de là, c’est la guerre entre le consortium et le village, violence contre résistance, les armes vont parler de part et d’autre. L’inspecteur Lukes, tel le shérif d’un western, vient mener son enquête mais il cherche surtout à faire entendre raison au pasteur et aux villageois. C’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Le consortium a l’appui du gouvernement.
Le village doit être déménagé mais en réalité pas seulement à cause du barrage. Nous sommes quelques années après Hiroshima et en pleine guerre froide, et Jean Amila ajoute une donnée à son intrigue. Le but n’est pas de noyer le village mais d’en éloigner les habitants pour exploiter le sous-sol qui serait riche en minerai d’uranium. L’enjeu est majeur et le policier essaie de raisonner le pasteur.
« Laissez tomber, Wiseman, vous n'êtes pas de taille ! […]
Vous ne connaissez donc pas les politiciens ? Vous ne savez donc pas qu'on vous baptisera tous saboteurs communistes avant de vous écraser ?... On ne peut pas résister, mon vieux ! […]
Vous ne comprenez donc pas que nous sommes tous dans les mains de hauts et puissants seigneurs, et que le reste est littérature ? […]
Lorsque je suis entré dans la police, il y a quinze ans, j'ai cru que j'entrais dans un service public ; mais je sais maintenant au service de qui je suis !... »

Parmi les autres personnages, il y a un journaliste qui croit au pouvoir de la presse et cherche à informer sincèrement ses lecteurs. À ses risques et périls…
Et puis, il y a Amy, une fille délurée de quinze ans qui aime bien le pasteur et à laquelle il aura du mal à résister.
Tout cela crée une atmosphère très explosive et ce n’est qu’au fil des chapitres qu’on comprend ce qui a conduit le pasteur derrière les barreaux.

Dans la préface, nous apprenons que Jean Amila s’est inspiré d’une histoire bien réelle. « L’édification du barrage de Tignes, en Savoie [entre 1947 et 1952], qui a vu toute une vallée se dresser contre ce que l’on nommerait aujourd’hui "un grand projet inutile et imposé". Des affrontements se sont produits entre forces de l’ordre, ouvriers du barrage et habitants de la vallée – qui ont perdu leur combat. » Avec les ZAD d’aujourd’hui, les menaces nucléaires et la recherche de métaux rares, les thèmes de Jean Amila restent d’actualité, sans doute parce qu’ils sont intemporels et universels. C’est donc une bonne idée de les rééditer et nous espérons que les lecteurs seront nombreux à les découvrir ou les redécouvrir. Pour les thèmes, pour les personnages, pour les lieux et les atmosphères, pour l’écriture…

Serge Cabrol 
(20/11/24)    




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Pour mémoire










Jean Amila
(1910-1995)
né à Paris en 1910, a commencé à publier en littérature blanche chez Gallimard en 1941 avant d’être sollicité par Marcel Duhamel en 1950 pour la Série Noire où il a écrit
vingt et un roman.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia











Gallimard Série Noire Classique
(Novembre 2024)
206 pages - 12 €

Version numérique
8,49 €












Série Noire
1950




Carré Noir
1972