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Hélène CLERC-MURGIER


L’Affaire Chevreuse


Les amateurs de polars historiques vont pouvoir encore se régaler avec cette troisième aventure du lieutenant criminel Jacques Chevassut dans le contexte de la « conspiration de Chalais » qui a bien failli coûter la vie à Richelieu et Louis XIII en 1626.

Dès les premières pages, un cadavre est repêché dans la Seine. Un jeune homme avec des bijoux et du beau linge. On saura bientôt qu’il a été mordu par un serpent et un petit mot écrit en italien est remis au lieutenant criminel. Ce rituel va se reproduire plusieurs fois. Un cadavre, une morsure de serpent, un billet en italien… Points communs supplémentaires, les jeunes gens assassinés seraient proches du cardinal et soupçonnés de sodomie.

Cela a-t-il quelque chose à voir avec un projet de complot dont Richelieu commence à être informé ?
« — Vous n'ignorez pas que Louis XIII a un jeune frère, Gaston. C'est l'héritier de la couronne, puisque le roi n'a pas d'enfants. Or des personnes de la cour veulent empêcher le mariage de Gaston avec Mlle de Montpensier. »
Un groupe de « l’aversion au mariage » s’est constitué avec l’idée d’assassiner Richelieu (au cours d’un duel) puis Louis XIII lui-même. Gaston deviendrait alors roi et, toujours célibataire, pourrait épouser Anne d’Autriche et conserver les alliances monarchiques.

Réuni chez Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de Chevreuse, ce « parti de l’aversion » regroupe, outre Gaston, les deux demi-frères du roi, César et Alexandre de Vendôme (fils d’Henri IV et Gabrielle d’Estrées) et plusieurs nobles dont le prince de Condé et la princesse de Conti sans oublier Henri de Chalais, le jeune amant de la duchesse de Chevreuse, qui doit être le bras armé de l’opération en provoquant le duel avec le cardinal. La duchesse de Chevreuse, aussi dangereuse que séduisante, pense pouvoir le manipuler à sa guise mais le bel escrimeur va se révéler le maillon faible de l’équipe et tout faire échouer.

Parallèlement à cette entreprise de destruction cardinale et royale, nous suivons le lieutenant criminel avec son adjoint, Philippe de May, et Jean de Fay, son maître chirurgien (légiste de l’époque), dans les rues de Paris, du Grand Chatelet au quartier du Temple, en passant par divers quartiers de la ville et les bords de la Seine où il peut bénéficier de l’aide d’une lavandière.

Les billets en italiens reçus à chaque meurtre seraient extraits d’opéras, un genre encore quasiment inconnu en France, et plus particulièrement liés au mythe d’Orphée et Eurydice.
« – Orphée était un musicien, le plus beau et le plus talentueux de son temps. Il tomba amoureux de la nymphe Eurydice. Mais alors qu'elle se promenait, elle fut mordue par un serpent.
– Je me souviens à présent, s'écria Chevassut.
– Eurydice succombe alors. Puis revenue des enfers grâce à la beauté du chant d'Orphée, elle meurt une seconde fois parce qu'Orphée se retourne, malgré l'interdiction des dieux. »
Le lieuenant criminel s’interroge :
« – Tous ces jeunes hommes ont succombé à la morsure d'un serpent, comme Eurydice. Et comme elle, ils vont en enfer. À chacun de ces crimes, je reçois un bout de texte. Un musicien, proche de Richelieu, a disparu. Est-ce lui qui serait à l'origine de ces crimes ? »

La piste menant vers un luthiste, François de Chancy, n’est pas la seule à se présenter et le suspense restera entier longtemps, distillant ici ou là quelques indices, mais réservant la résolution de l’énigme pour la fin du roman après bien des efforts du lieutenant criminel et bien des dangers, notamment pour Philippe de May qui n’est pas passé loin de la mort…

Hélène Clerc-Murgier mêle avec beaucoup de talent l’intrigue fictive et son contexte historique et tient vraiment le lecteur en haleine jusqu’au dénouement final. Parmi ceux qui découvrent ici les enquêtes du lieutenant criminel Jacques Chevassut, nombreux seront ceux qui se précipiteront ensuite sur les deux précédentes aventures dont la première, Abbesses, a même été reprise en poche dans la collection Babel. Une bonne manière d’attendre le prochain volume…

Serge Cabrol 
(19/06/20)    



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Noir & polar







Hélène CLERC-MURGIER, L’Affaire Chevreuse
Chambon Noir

(Février 2020)
400 pages - 23












Hélène Clerc-Murgier,
claveciniste et romancière, a déjà publié deux enquêtes du lieutenant-criminel Jacques Chevassut, Abbesses et La rue du bout du monde.


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