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Isabelle SIVAN

Dankala


Dankala, un pays d’Afrique qui a une communauté d’expatriés (avec ambassadeur, consul, colonel…), est très bien décrit par Isabelle Sivan. Nous partageons la vie de cette communauté souvent repliée sur elle-même où se mêlent l’ennui, les ambitions, les projets, les rivalités, les rêves, les déceptions…

Des évènements soudains viennent bouleverser cet équilibre précaire. Des soldats sont retrouvés morts et l’inertie du consul et de l’ambassadeur s’oppose à l’attitude du colonel car le nombre de morts ne cesse d’augmenter. Nous sommes témoins de tous ces évènements dont l’enchaînement maintient notre intérêt jusqu’à la dernière ligne.

Jean Richemont, le consul de Dankala, a l’ambition d’écrire un roman et il va utiliser la situation pour rédiger son texte en faisant tout passer après son écriture.  Achille, un mendiant africain, observe tapi dans l’ombre les allers et venues dans bien des quartiers de Dankala. Jean Richemont prend de plus en plus de plaisir à écrire et il cherche à provoquer le meurtrier en lui lançant des défis par les mesures qu’il prend et qu’il diffuse dans la ville. Cela lui donne des idées pour son roman.

Les appels téléphoniques du colonel Patte pour l’inciter à s’occuper des crimes, qui touchent particulièrement ses militaires, l’irritent  car cela le distrait de son écriture.

La personnalité de chaque personnage transparaît au fil des pages ce qui nous permet de pénétrer dans les secrets de leur fonctionnement : « Le militaire se rongea un ongle.  À rouler le poids de sa colère, lentement elle se transformait en désespoir. Il passa en revue tout ce qu’il aurait dû répondre à l’arrogance du diplomate. N’y avait-il donc que lui, parmi la communauté française, pour s’inquiéter de la sûreté de ses hommes ? »  

Julie Charpentier est médecin humanitaire, directrice du dispensaire du quartier Abdidi. « Certains jours, Julie avait le sentiment qu’elle ne saurait plus faire face à la misère qui se déversait au pied de sa porte. » Elle est confrontée à cette situation bien inquiétante et à l’histoire du pays : « Pourtant l'explication était simple : les médecins du dispensaire n'acceptaient pas qu'une femme blanche puisse être à la tête d'une institution locale. Ils lui en voulaient d'être là, car chaque jour sa couleur, ses cheveux blonds et sa peau claire, rappelaient un passé qu'ils souhaitaient effacer. Comment expliquer la présence de Julie dans ce dispensaire, si ce n'était par l'histoire qui liait la France à Dankala ? Une mémoire collective faite de rancœur et de remords qui se rattachait à une époque que ni Julie ni les médecins dankalais n'avaient connue. De vieux récits dont ils étaient les passeurs, presque malgré eux. »

C’est un très beau roman qui allie le suspense, la description d’un univers et des relations ambiguës qui existent entre la France et certains pays d'Afrique depuis la décolonisation, avec une écriture très imagée et agréable à découvrir.  

Brigitte Aubonnet 
(05/06/18)    



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Serge Safran

(Janvier 2018)
272 pages - 19,90








Isabelle Sivan,
née à Marseille, a passé plusieurs années en Afrique. Dankala est son premier roman.