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Maurizio DE GIOVANNI


Le Noël du commissaire Ricciardi


Après la fin de la série constituée par les quatre volumes des saisons (présentée sur notre site dans l’article consacré à L’automne), nous pouvions craindre de ne plus revoir l’étrange commissaire Ricciardi. Fort heureusement, il n’en est rien et nous voici repartis pour une nouvelle série, rythmée par les fêtes, qui débute avec Le Noël du commissaire.
Dans la série des saisons, chaque volume était situé dans une atmosphère très particulière mettant en lumière l’influence du temps sur le comportement des gens dans la ville de Naples.
C’est encore le cas ici où l’enquête se déroule dans l’ambiance de la préparation de Noël à Naples au début des années 30, la mise en place des crèches et la composition des repas.
Commencées à l’hiver 1930, les enquêtes se sont succédé de trimestre en trimestre et nous voici maintenant à la veille du Noël 1931. Mussolini a pris le pouvoir en 1922 et les lois fascistissimes de 1925 ont installé le fascisme dans le pays. Nous le voyons ici à l’œuvre avec l’action et les exactions des milices qui gèrent toutes les activités de la ville et du port parallèlement à la police.

L’enquête dont est chargé ici le commissaire Ricciardi va se révéler particulièrement délicate parce que la victime est le "capitaine" Emanuele Garofalo, membre influent de la milice portuaire qui a compétence sur le trafic des marchandises et la pêche. Sa femme et lui ont été égorgés dans leur appartement. Affaire délicate parce qu’il n’est pas simple d’enquêter au sein de la milice qui a les prérogatives d’une armée secrète et des pouvoirs plus étendus que ceux de la police officielle. Affaire délicate aussi parce que Garofalo n’était pas avare de coups bas, dénonçant un de ses supérieurs pour prendre sa place ou rackettant les pêcheurs soumis à ses autorisations. Autant de motifs de vengeance, autant de pistes…

Mais le commissaire Ricciardi n’est pas homme à céder aux pressions et rien ne peut le détourner de ses missions. La recherche de la vérité passe avant tout. Une fois encore, il saura trouver qui a commis ces deux meurtres.

Il peut toujours compter sur deux amis fidèles, le brigadier Maione qui l’accompagne comme son ombre et le docteur Modo, médecin légiste bougon et ouvertement antifasciste.

Toutefois, en cette veille de Noël, le brigadier Maione est confronté à une enquête plus personnelle. Son fils Luca, policier lui aussi, a été assassiné et son meurtrier incarcéré. Mais voilà qu’un informateur digne de confiance lui apprend que le présumé meurtrier est mort en prison, lui révélant qu’il n’était pas l’assassin et que c’est son jeune frère Biagio qui a tiré sur Luca. Les conditions de cette révélation ne permettant pas l’ouverture d’un nouveau procès, Maione se trouve confronté à la douloureuse obligation, en mémoire de son fils, de rendre la justice lui-même. Dilemme cornélien en pleine préparation d’une fête religieuse.

Maurizio De Giovanni a un talent incomparable pour placer chaque enquête dans une atmosphère très prégnante. Dans la série sur les saisons, nous avons sillonné Naples par tous les temps et pénétré des univers très différents, des quartiers les plus pauvres aux appartements les plus luxueux, rencontrant aussi bien des prostituées que des religieux.
Ici encore, l’atmosphère est omniprésente, la préparation de Noël enveloppant les faits et gestes des protagonistes dans un entrelacs de traditions aussi nombreuses que précises et incontournables. Chaque famille a sa crèche, chaque santon a un nom et une fonction, chaque plat a une composition rigoureuse, chaque quartier sa façon de fêter l’événement, chaque rue sa spécialité…

Bien sûr, un fil rouge parcourt tous les volumes de la série, celui de l’étrange personnalité et de la vie amoureuse du commissaire Ricciardi. Depuis l’enfance, il vit comme une malédiction le pouvoir d’entendre la dernière phrase de chaque personne à l’instant de sa mort. Même longtemps après le décès, il conserve sur le lieu de l’accident ou du crime, l’image de la victime et le son de sa voix. Cela pourrait l’aider dans ses enquêtes mais les dernières paroles ont parfois un sens difficile à saisir. Celles du capitaine Garofalo et de sa femme vont se révéler sibyllines et susceptibles d’induire plusieurs pistes.
Côté vie amoureuse, le commissaire est toujours partagé entre deux femmes que tout oppose, sa timide voisine Enrica, fille d’un modeste chapelier, et la démonstrative Livia, amie intime de la fille du Duce. Entre les deux son cœur balance, mais chacune est décidée à passer à l’offensive.

Pas une minute d’ennui au fil de ces romans, un régal pour les amateurs toujours plus nombreux des aventures du mystérieux enquêteur aux yeux verts. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, après Noël, ce sont Les Pâques du commissaire Ricciardi qui proposent une nouvelle errance dans les rues de Naples. À suivre…

Serge Cabrol 
(26/12/18)    



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Noir & polar








Rivages / Noir

(Novembre 2018)
320 pages - 8,50

Traduit de l'italien par
Odile ROUSSEAU







Maurizio De Giovanni,
né à Naples en 1958, ancien banquier devenu écrivain, a obtenu de nombreux prix et, en marge de ses romans policiers, a publié plusieurs livres sur l’équipe de football de Naples dont il est supporter



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la série précédente :


L'automne du
Commissaire Ricciardi