Retour à l'accueil du site
Retour Sommaire Nouvelles





Agnès DUMONT


À qui se fier ?


Douze nouvelles volées à la vie quotidienne de personnages ordinaires dans la ville de Liège et sa banlieue aujourd’hui.

Les démarrages se font souvent sur les chapeaux de roues, « Les auspices ne lui étaient pas favorables » (in Au mépris des sémaphores), avec autodérision comme avec l’éternel pigeon version jeune amoureux éconduit d’Un petit coup de main : « Je mourais toujours le premier. Quand on jouait dans le terrain vague au fond de la rue. Cowboys ou Indiens peu importait : j’étais mort dès la première bagarre, bon pour suçoter un brin d’herbe à plat ventre tandis que les héros continuaient à s’affronter » ou moquerie comme dans Cent cinquante grammes de Christophe Colomb : « À nous voir tendrement enlacés sur cette photo, on dirait le couple idéal. Je n’avais pourtant qu’une envie au moment où le flash avait crépité : arracher un à un les poils de sa barbe au jeune cadre branché qui me malaxait l’épaule. »

Certains personnages sont jeunes, d’autres moins. On y trouve un peu plus de femmes que d’hommes comme narrateurs mais l’autre genre dans les deux cas s’impose vite en ombre portée et, que ce soit sur huit ou vingt pages, chaque nouvelle s’amuse à confronter plusieurs personnages pour se focaliser non seulement sur leurs pensées mais aussi sur leur comportement ou celui de leur entourage.
Dans cet univers où un petit bout de papier plié retrouvé sous la table peut déclencher les soupçons les plus fous (nouvelle titre), on parle d’amour et de trahison, d’enfance et d’une étrange veillée funèbre, de voyages réels ou rêvés, de flux migratoires et d’épicerie italienne, de passion pour le football et des joies de la lecture, d’argent, d’escroquerie à l’électro-ménager et d’un improbable meurtrier. 

Plus cocasses et drôles que tragiques, empreints de légèreté, de fantaisie, d’humour mais aussi de tendresse, ces courts récits mettent  en scène un polaroïd  de la vie quotidienne contemporaine où des individus qui nous ressemblent étrangement, avec leurs peurs, leurs failles et leurs désirs, se dévoilent dans leur intimité. Et tous à leur façon se questionnent sur la relation avec leurs proches, sur le jeu de masque auquel on se livre pour se protéger, sur le rôle que chacun joue face aux autres. Dans ces conditions comment rester soi-même, comment percevoir la vérité sous l’illusion du jeu social et affectif, comment rester soi et à qui faire confiance ?
En se gardant bien d’apporter la moindre réponse, Agnès Dumont s’amuse à débusquer pour nous  derrière les façades et les manipulations plus ou moins habiles la fragilité des êtres, leurs doutes et leurs espoirs. Et son observation fine et bienveillante de cette comédie humaine, dont certains déguisements se trouvent peut-être enfouis dans notre vestiaire personnel, parvient habilement à nous faire sourire de cette grande farce dont nous sommes tous complices.

La diversité des situations, la vivacité du style, les ambiances habilement suggestives, le recul et l’espièglerie de l’auteur à croquer ses voisins et probablement à se moquer d’elle-même, se conjuguent très agréablement pour nous offrir un recueil cohérent, bien ficelé et jouissif. 

Dominique Baillon-Lalande 
(07/05/18)    



Retour
Sommaire
Lectures








Quadrature

(Février 2018)
130 pages - 16









Agnès Dumont
vit et travaille à Liège.
À qui se fier ? est son quatrième recueil de nouvelles.