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Christine PAYEUX


Ballade des perdus


« L’histoire se passe dans une prison à ciel ouvert. On fuit les tirs. On fuit les bombes. On fuit la mort. Tout le monde fuit vers le sud.
Depuis la nuit des temps, les hommes inventent des machines de guerre qui détruisent les villes, les êtres, et assassinent l’enfance. Depuis la nuit des temps, l’exode et l’humiliation. »
           
La prison, c’est le camp de IK3 où Alexis Navalny est mort, où l’on torture notamment avec le coffre métallique chauffant. « Une autre version de la machine "Coups-couverture-matelas-scotch-entonnoir" : le coffre métallique chauffé à l’extrême. Le détenu se contorsionne pour Y entrer. Le corps Y perd sa forme. Tronc-bras-jambes-tête Y entrent, compressés comme carcasse de voiture broyée. […] une des parois du coffre métallique est munie d’un radiateur chauffant à l’extrême. »
La prison à ciel ouvert, ce pourrait être Gaza ces derniers temps. Walid, un enfant d’une dizaine d’années, ainsi qu’une petite fille de quatre-cinq ans fuient les bombardements vers le sud avec leurs parents. C’est l’exode vers l’entonnoir du check point.

Ça recommence, la torture, la guerre, l’exode (comme en 1948 en Palestine, comme dans toutes les guerres récentes) et les tirs qui tuent aux camions de ravitaillement. Et ça recommence comme dans le tableau de Botticelli. « Entre des troncs d’arbres rectilignes comme des barreaux de prison à ciel ouvert, une femme nue est poursuivie par un cavalier et ses chiens. Elle fuit. Elle est debout, vivante, elle est allongée, morte. Les scènes successives sont peintes simultanément : le dépeçage au premier plan – la femme allongée sur le dos ouverte – et la poursuite à l’arrière-plan. […] La femme est déjà morte au moment de vivre. Son supplice est sans fin. […] Une fois éviscérée, la femme se relève et la poursuite recommence. »

Walid fuit. Partout des morts et des blessés. « Baba, baba ! Ça veut dire quoi agonie ? »  C’est la fuite vers l’entonnoir du check point, comme le supplice, comme un Y.
« L’histoire s’Y passe.
La mort s’Y vit.
La vie s’Y meurt.
Il Y a une ville. Il Y a des gens. Il Y a. Ils Y ont. Ils Y sont… »

Dans le rêve la petite fille fait la queue derrière les homards qui ont les pinces attachées pour ne pas se détacher dans l’eau bouillante comme dans la torture du coffre métallique. Ou bien Her Doktor veut coudre les petites filles par la main, par le dos. L’écrivain public trouve cela trop morbide. Il refuse d’en écrire plus.

La Ballade des Perdus est un roman tragique qui serre le cœur et les tripes. Il est rédigé dans une écriture très travaillée, poétique, et pour ma part, ce texte – préfacé par Marie-Christine Vandorme qui justement s’attache à l’écriture et suivi d’un après-lire de Ahmed Hanifi qui le contextualise dans l’histoire de la Palestine – est un véritable poème terrifiant. Mais comme le dit dans l’exergue Hélène Cixous : « Quand on oublie que ça [les guerres] nous regarde, qu’on considère que ça se passe entre deux mains qui ne nous concernent pas, on est complice de la mort. » 

Michel Lansade 
(30/07/26)    



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Lectures







Christine PAYEUX, Ballade  des perdus
M.E.O.

(Avril 2026)
80 pages - 14 €



Préface de
Marie-Christine Vandoorne


Après-lire
d’Ahmed Hanifi






Christine Payeux
est musicienne (viole de gambe) et écrivaine. Ballade des perdus
est son septième livre.

Bio-bibliographie sur
le site de l’autrice