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Philippe MOUCHE


Les frontières imbéciles


Il y a trois ans, dans Bons baisers d’Europe, nous avons rencontré Fergus Bond, un étrange personnage, polyglotte exceptionnel, pacifiste et européen convaincu, qui avait décidé de faire un tour d’Europe en prononçant un discours dans la langue de chaque pays.

Cette fois ci, nous revenons en arrière, en 2017 et nous découvrons Fergus Bond au moment où il arrive en France, à Strasbourg précisément.
« Le train en provenance de Francfort entre en gare. Deux cent trente-sept personnes en descendent, parmi lesquelles un petit homme à tête ronde et aux cheveux raides Personne ne fait attention à lui. »
Ainsi commence cette préquelle des aventures de Fergus Bond.
« Personne ne fait attention à lui. » Et pourtant, c’est un homme au parcours exceptionnel, qui a quitté son pays natal en 1991 à cause de la guerre. Il a alors entrepris un périple inimaginable pour un migrant sans papiers : passer suffisamment de temps dans chaque pays de l’Union européenne pour en apprendre la langue. Il a un véritable don de polyglotte et une grande curiosité qui facilitent cet apprentissage. Evidemment au fil des années, de nouveaux pays adhéraient à l’Union et le voyage s’allongeait. Tous les détails de ses motivations (que diable allait-il faire dans cette galère ?), de ses voyages et de ses rencontres amoureuses et linguistiques, nous les apprendrons au fil du roman. En effet, Fergus Bond arrive à Strasbourg avec une valise noire et, dans cette valise, les cahiers où il a écrit le détail de ses aventures, un cahier pour chaque pays visité, rédigé dans la langue du pays.

Mais ce roman est aussi un roman d’aventures au présent parce que sa réputation de migrant-voyageur érudit l’a devancé et sa valise noire suscite beaucoup de convoitise. Des services secrets français et étrangers aimeraient bien en connaître le contenu. Les Russes et les Américains verraient d’un mauvais œil un éventuel renforcement d’une Europe unie et peut-être le contenu de cette valise pourrait-il favoriser cette évolution et nuire à une autre grande puissance mondiale.
Philippe Mouche nous offre là un vrai-faux roman d’espionnage jouant avec les codes du genre.

Plusieurs personnages vont s’intéresser de très près à ce mystérieux Fergus, pour le meilleur et pour le pire.
La première que nous rencontrons, c’est « Julia Chanéac-White, célibataire, née en 1982 à Londres. Double nationalité, britannique et française. Domiciliée à Strasbourg, pas d’antécédents judiciaires. Attachée de presse du groupe écolo au Parlement européen. »
Rapidement, nous connaissons aussi les amants et amante de Julia.
Jonas, responsable du service traduction-interprétariat au Parlement européen, est marié et ne peut rencontrer Julia que clandestinement, ce qui ajoute un peu de piquant aux rencontres.
Hubert est journaliste politique. Basé à Paris, il voyage très souvent pour suivre la politique européenne et notamment à Strasbourg où il passe avec Julia des moments très passionnés.
Sophie tient un magasin de vêtements à Strasbourg et n’a encore jamais trompé son mari. « Ce mari dont la réussite lui a permis d’acheter le magasin, ce mari opposant notoire aux élus européens pour lesquels travaille Julia, ce mari qu’on a vu manifester en ville pour dénier aux homosexuels le droit de se marier. » Mais la belle amitié avec Julie devient une relation plus sensuelle dans la cabine d’essayage de la boutique.

Julia rencontre par hasard Fergus et l’écoute lui raconter son périple et son désir de devenir traducteur pour le Parlement, lui qui parle toutes les langues des pays membres.
Julia ne résiste pas au désir de l’aider. Elle va l’héberger et ses amants et amante vont aussi apprendre à le connaître.

Un jeune agent du contre-espionnage français, Stanislas, est chargé de surveiller Fergus Bond mais très vite il s’intéresse beaucoup plus à Julia qu’à Fergus. Avec son chef, Blevennec, looser mis sur la touche, on plonge dans l’humour d’un pastiche de roman de barbouzes.
Les Russes, eux, sont nettement plus dangereux et bien armés…

En accompagnant Fergus Bond, nous comprenons peu à peu sa démarche, son projet, sa conception de l’Europe, son goût pour la traduction et pour la spécificité de chaque pays, sa culture et sa langue. C’est un hymne à la construction d’une union forte dans le respect de la singularité de chacun. Mais un hymne romancé, drôle et émouvant.
Ceux qui n’ont pas lu le précédent livre de Philippe Mouche, Bons baisers d’Europe, pourront y lire avec plaisir la suite des aventures de Fergus devenu Ambassadeur du Multilinguisme et Julia son attachée de presse.

Serge Cabrol 
(02/07/26)    



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Philippe MOUCHE, Les frontières imbéciles
Actes Sud / Gaïa

(Mai 2026)
272 pages - 22 €

Version numérique
16,99 €












Philippe Mouche
né à Toulouse en 1958, est infographiste, journaliste et romancier. Les frontières imbéciles est son cinquième livre chez Gaïa.









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Bons baisers d’Europe