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Frasse MIKARDSSON
Vie et mort de Kevin Charon
Ce roman, à la fois très noir et très humain, écrit par un médecin légiste, nous immerge dans un établissement dont le fonctionnement est peu connu du public, l’Institut médico-légal de Paris, autrement dit la morgue, en 2003, année d’une canicule très meurtrière et de l’assassinat de Marie Trintignant, des événements dramatiques susceptibles de perturber psychologiquement des personnels de l’Institut. C’est le cas de Kevin Charon, jeune employé, qui met fin à ses jours vingt ans plus tard en reliant son geste définitif à cette année trop riche en cadavres. Ce roman est construit avec une lettre et un journal. « Si vous lisez cette lettre, c’est que je suis mort. » Première phrase du livre. On est en 2024 et dans cette lettre, Kevin Charon explique pourquoi il s’est pendu, donne ses dernières volontés pour ses obsèques et demande à ce qu’on lise son journal intime. « Lisez attentivement le journal que j’ai laissé à mes pieds. Il facilitera le travail de la justice et permettra peut-être à mes proches de comprendre mon parcours. » Pourquoi la justice ? Parce que deux membre de l’IML ont été retrouvés morts quelques jours avant le suicide de Kevin. Des enquêtes ont eu lieu et Kevin s’est retrouvé en prison où il a commencé à écrire son journal. « Je vais te donner quelques éléments pour que tu comprennes pourquoi je suis mort ainsi que deux autres personnes bien portantes. Des personnes qui avaient bipé le matin à la pointeuse électronique, et qui sont décédées elles aussi dans les locaux de l’Institut. Je rajouterai même un quatrième décès dans ce chapitre. » Kevin commence par raconter son embauche à l’IML en 2000 et définir son travail d’assistant funéraire et plus précisément d’identificateur. « Nous sommes avant tout des manipulateurs de cadavres. Nous les sortons pour les radiographier, les autopsier, les montrer aux familles, à la police scientifique, aux religieux, aux dentistes, aux pompes funèbres, et enfin pour leur départ vers le cimetière. » La canicule de 2003 a été une épreuve épouvantable parce que les cadavres arrivaient plus nombreux de jour en jour, la place manquait pour les conserver dans de bonnes conditions, la situation est devenue à la fois ubuesque par ses excès et kafkaïenne par l’impossibilité de gérer correctement les démarches administratives habituelles. À cela s’ajoute en juillet 2003 un féminicide très médiatique. En déplacement à l’étranger pour tourner un film, la comédienne Madeleine Talbot meurt après avoir été violemment frappée par Basile Chevalier. (Une comédienne dont les initiales sont MT tuée en 2003 par un artiste dont les initiales sont BC, on ne voit pas du tout à qui l’auteur fait référence !). Son corps est ramené en France et transporté à l’IML. Kevin est chargé d’assister le médecin légiste pour l’autopsie et son inventaire des coups et des blessures est épouvantable. « Cet acharnement, ce massacre délibéré et gratuit d’un homme jaloux m’a atteint directement. […] Je n’en ai pas l’explication. L’histoire de Madeleine est entrée en résonance avec ma propre existence. » Les chapitres concernant 2003 alternent avec le récit des événements de 2024, cette enquête autour de la mort, dans les locaux de l’IML, du médecin légiste puis d’un autre assistant funéraire. Qu’est-ce qui bien relier ces morts brutales de 2024 aux sinistres décès de 2003 ? Pourquoi quoi Kevin est-il suspecté ? Et pourquoi a-t-il choisi un suicide par pendaison sur son lieu de travail ? C’est Kevin lui-même qui nous le raconte dans ce journal qui constitue l’essentiel du roman et nous conduit de surprise en surprise en évoquant au passage quelques magouilles politiques comme le maintien de nombreux électeurs décédés sur les listes pour les municipales à Paris à la fin du siècle dernier. Réalité et fiction sont intimement liées, le médecin de l’IML étant responsable de la non-déclaration de certains décès comme Kevin nous l’explique. Le choix d’un narrateur très impliqué dans cette sombre histoire place le lecteur au plus près des actes et des réflexions de Kevin, de ses choix et des situations qui le dépassent complètement au point de ne plus savoir à certains moments s’il doit obéir ou non aux ordres qui lui sont donnés. On navigue entre roman noir et humour noir, entre 2003 et 2024, entre problèmes personnels et événements collectifs. Peu à peu, on comprend tout mais on n’est jamais à l’abri d’une surprise ou d’un rebondissement et même la fin réussit encore à nous étonner. Un régal pour les lecteurs curieux en quête d’atmosphères sortant des sentiers battus.
Serge Cabrol
(13/04/26)
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Noir & polar

L’Aube Noire
(Mars 2026)
264 pages - 19 €

Frasse Mikardsson
est médecin légiste. Vie et mort de Kevin Charon est son quatrième roman.
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