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Une aventure de Colette Lambert
« C’est ainsi que moi, Colette Lambert, dans la trentième année de mon âge, je suis venue aux États-Unis pour y découvrir un cadavre ! » Le cadavre d’une femme, sur un bateau pendant une excursion au pied des chutes du Niagara, avec près d’elle son sac à main ouvert et vide. Le mystère Niagara est le premier volume d’une série qui en compte cinq, parus entre 1956 et 1967. C’est le deuxième titre de la collection L’empreinte, « une collection esthétique et joyeuse qui souhaite amener les amateurs de Cosy crime à découvrir les tout premiers auteurs du genre qui, en plus d’avoir inventé cet univers, avaient une plume inimitable. Protagonistes inattendus, humour et intrigue efficace : c’est un moment de plaisir que l’on se réserve secrètement… ou pas ! » Colette Lambert tient son journal du 1er octobre au 26 décembre 1946. C’est son journal qui constitue ce roman dont Colette est donc la narratrice à la première personne. Colette maîtrise mal l’anglais alors que son frère se débrouille. « C’est vexant de le voir se tirer d’affaire en américain, alors que, moi, j’ai du mal à comprendre ce que les gens me disent, et que je bafouille horriblement quand j’essaye de me faire comprendre. André s’était bien gardé de me dire que, depuis huit mois qu’il a pris la décision de venir ici, il s’est mis à l’Assimil. Évidemment, c’est moi qui lui en ai donné l’idée, mais, lui, il l’a réalisée. Alors, je me contente de mon lointain anglais de lycée. » Heureusement, il y a une petite communauté française autour du consul de France, Clovis Nègre, chez qui une dizaine de personnes se réunissent régulièrement pour jouer aux cartes et bavarder : sa femme Lisette ; le jeune Louis Rivière (amant de l’épouse ?) ; Mlle Deschamps une vieille fille, monitrice de français ; Henry S. Ashton, chef de département de l’université, sa femme Lola et leur fille Carmen ; M & Mrs Simmons, Américains francophiles, grosse fortune et belle villa, qui invitent chez eux, une fois par mois, la colonie française. Mrs Simmons, qui dispose de sa propre voiture – un cabriolet Cadillac, crème, doublé de cuir rouge –, propose à Colette et André de les emmener admirer les chutes du Niagara. Spectacle grandiose. « C’est alors que Mrs Simmons nous a dit que la vue était beaucoup plus belle de la rive canadienne et que si nous voulions profiter vraiment du spectacle, il fallait faire l’excursion classique de la Reine-des-Lacs, le bateau qui fait la navette entre les deux rives et mène les touristes au plus près de la muraille d’eau, jusque dans les remous des colonnes de fumée liquide. » Pendant l’excursion, on leur donne des cirés et des capuchons pour leur éviter d’être trempés. Colette trouve cela plutôt baroque. « Je suis descendue par un escalier assez raide à l’intérieur de la Reine des Lacs pour voir si je ne trouverais pas une glace dans une cabine. Il n’y avait absolument personne. Tout le monde était sur le pont. J’ai buté contre des cordages. J’ai étendu la main pour me retenir et j’ai touché un genou recouvert d’un ciré. […] Jamais je n’oublierai les traits convulsés, le mufle d’animal torturé qu’un coup d’œil m’a révélé. Non, jamais. […] Le visage de la femme – c’était une femme – a évoqué pour moi le souvenir livresque de tous les visages de morts que j’ai découverts dans les innombrables romans policiers que j’ai lus pendant la guerre. Je suis convaincue que la femme a été empoisonnée. Le corps était convulsé, on ne pouvait se faire une idée ni de son âge ni de son apparence normale. » Qui est cette femme ? Qui l’a tuée, pourquoi, comment ? Colette, choquée par la découverte du cadavre, va chercher à en savoir plus, ce qui est très mal vu par le Consul. Même s’il s’avère que la victime est française, c’est la police américaine qui est chargée de l’enquête. Plus Colette avance dans ses recherches, plus elle est l’objet de pressions et de menaces, ce qui l’étonne mais n’est pas de nature à refroidir son ardeur. Outre l’aspect « polar » du roman, il est intéressant de voir aujourd’hui la vie de cette communauté française, bourgeoise et traditionnelle, confrontée au modernisme américain d’après-guerre. La découverte par Colette d’un supermarché en est un exemple réjouissant. « En face de l’hôtel, il y a une épicerie magnifique où on se sert soi-même. On prend ce qu’on veut sur les rayons, on charge le tout sur un petit chariot roulant et on paye au tourniquet de sortie. Crémerie à péage, ces Américains sont invraisemblables ! Le premier jour où j’y suis allée, j’étais comme folle ! […] Il suffit de cueillir sur les étagères, c’est de la magie… » Le personnage de Colette et son entourage, l’intrigue autour du crime, l’atmosphère du lieu et de l’époque, tout concourt à offrir avec ce roman un très agréable moment de lecture. D’autant plus que Raymond Las Vergnas, universitaire lui-même, et Anne-Marie Soulac, son épouse, déjà traductrice et romancière depuis plusieurs années, ont su conjuguer leurs talents pour créer ensemble cette série policière amusante et bien écrite. On ne peut que remercier l’éditeur pour cette redécouverte. Serge Cabrol (17/08/26) |
Sommaire Noir & polar ![]() HC éditions Collection L'Empreinte (Mai 2026) 208 pages - 16 € Version numérique 9,99 € ![]() Anne-Marie Soulac et Raymond Las Vergnas signant côte à côte leurs livres parus en 1952 chez le même éditeur. Bio-bibliographie d'Anne-Marie Soulac (1918-1983) sur Wikipédia Bio-bibliographie de Raymond Las Vergnas (1902-1994) sur Wikipédia ![]() Albin Michel, 1956 Époque oblige, le nom de l’épouse co-autrice n’apparaissait pas sur la couverture. |
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