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Éric FORBES

Le fugitif, le flic et Bill Ballantine


Que ce soit dans un roman noir ou en littérature générale, une bonne dose d’humour est toujours agréable à découvrir. Qui plus est lorsqu’il s’agit comme ici d’humour québécois même si cette histoire se déroule à Paris.
Le personnage qui apporte sourire et légèreté dans cette sombre aventure est un petit garçon, sorte de Zazie dans le métro au masculin, qui n’a pas sa langue dans sa poche et se révèle beaucoup plus malin que l’image qu’il s’amuse à donner de lui-même. Une drôle de petite peste !
Nous découvrons le petit Alex du point de vue de deux personnages poursuivis par des tueurs mais un peu plus tard l’auteur nous présente cette même scène du point de vue du petit Édouard. Alors Alex ou Édouard ? Nous comprenons que le gamin a un sacré culot, un talent naturel pour l’affabulation et qu’on ne va pas s’ennuyer en le suivant dans cette cavale pleine de bruit et de fureur.

Mais reprenons au début. L’auteur donne ici une suite à son roman précédent mais quelques éléments suffisent à comprendre la situation pour les lecteurs qui n’auraient pas lu le premier volume.
L’année précédente à Montréal, Etienne Chénier s’est trouvé en conflit avec une famille mafieuse. Il a tué le fils du patriarche du clan Desbiens qui était aussi l’époux de Catherine. Chénier a réussi à se cacher puis à fuir le Québec pour se réfugier à Paris mais il est poursuivi par Catherine Desbiens et les tueurs du clan mafieux. Parallèlement, un policier, Denis Leblanc, a été gravement blessé par Chénier au point d’être amputé de son bras gauche. Leblanc a réussi à trouver la cache de Chénier devenu libraire dans une petite boutique parisienne. C’est devant cette librairie que Leblanc d’un côté, Catherine Desbiens et ses tueurs de l’autre, ouvrent le feu simultanément. Catherine Desbiens veut tuer Chénier, Leblanc veut l’attraper vivant. Finalement Chénier et Leblanc se trouvent un ennemi commun, la famille Desbiens qui va les poursuivre tout au fil du roman.

C’est en se réfugiant dans la cour d’un immeuble que Chénier et Leblanc tombent sur ce petit garçon qui leur indique comment sortir discrètement par une autre rue. Les fugitifs se précipitent dans un taxi en menaçant le chauffeur avec une arme et réussissent à filer mais sans se rendre compte que le gamin a sauté dans le taxi avec eux.
À partir de là, ils ne vont plus arriver à se débarrasser de lui. Nous allons apprendre qui il est vraiment et pourquoi il a tant besoin d’aventures comme celles de son héros Bill Ballantine, l’ami de Bob Morane dans les livres qu’il adore.
Il va se révéler une aide précieuse pour les fugitifs et sa mère va les rejoindre pour compléter cette étrange équipe de fuyards poursuivis par de dangereux mafieux sans états d’âme.
Évidemment Axel-Édouard n’a pas raconté toute la vérité à sa mère qui débarque dans l’histoire avec de fausses informations.
« – Le fric, le pognon, l’oseille, la thune, le flouze, éructe-t-elle, comme si elle venait d’avaler un dictionnaire des synonymes. Édouard m’a dit que vous étiez plein aux as.
– Qui ?
– É-dou-ard, articule-t-elle lentement, d’un ton exaspéré. Chénier hausse les épaules.
– Connais pas d’Édouard. Elle le dévisage.
– Non, mais merde, vous vous foutez de ma gueule ? (D’un geste de la tête elle désigne son fils, qui fixe l’horizon comme si cette discussion ne le concernait pas.) Édouard, mon fils, celui que vous avez kidnappé depuis cet après-midi !
– Kidnappé ? s’offusque Chénier, qui n’aime pas la direction que prend cette conversation. On essaie de se débarrasser de lui depuis qu’on l’a croisé dans le Quartier latin ! Un vrai pot de colle ! Il nous a dit qu’il s’appelait Axel, pas Édouard ! »
Leblanc demande à Alice de soigner sa blessure. Là aussi, fausse information.
« – Vous me prenez pour qui ? Un médecin ? Une magicienne ? (Elle regarde son fils.) Qu’est-ce que tu leur as encore raconté, Ed ?
– Vous êtes pas infirmière ? demande Leblanc. (Il sent la situation leur échapper.) Il a dit que vous étiez infirmière pis que vous travailliez dans un hôpital. Que vous pourriez soigner ma blessure pis que vous aviez accès à plein de médicaments. En échange de quelques euros.
– Putain, mais vous n’avez pas compris que ce môme ment comme il respire ? Je suis aide-soignante. Je bosse les week-ends dans un foyer pour personnes âgées ! »
Finalement, moyennant finances, Alice va accepter d’héberger les fugitifs et de soigner la blessure de l’ancien policier.

Mais les poursuivants ne vont pas les lâcher et la poursuite va continuer pour le plus grand plaisir des lecteurs jusqu’à un dénouement digne d’un véritable western. 

Serge Cabrol 
(11/06/26)    



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Noir & polar








Héliotrope Noir

(Mai 2026)
280 pages - 20 €









Éric Forbes
a grandi dans la ville d’Amqui et vit aujourd’hui à Montréal. Après Amqui,
Le fugitif, le flic et Bill Ballantine est son deuxième roman.