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Jean-Pierre FERRIÈRE

Les enquêtes des sœurs Bodin


C’est entre 1957 et 1961 que Jean-Pierre Ferrière a écrit les sept enquêtes des sœurs Bodin que les éditions HC ont décidé de reprendre en trois volumes. Le premier tome comprend les deux premiers titres, Cadavres en soldes et Cadavres en vacances.

Cadavres en soldes se déroule dans un grand magasin d’Orléans, le Bazar du Châtelet. Les deux vieilles dames, Berthe et Blanche Bodin se vengent d’une ancienne rancune contre le Bazar mais ne sont pas responsables des crimes qui vont y être commis. Ce ne sont pas elles non plus qui vont mener l’enquête pour identifier les coupables mais plutôt leur locataire, Michel, qui travaille au magasin comme décorateur des vitrines. Quand un responsable du magasin est assassiné, c’est le commissaire Morelli qui vient prendre les choses en main mais il se trouve que Michel et Morelli se connaissent bien pour pratiquer la boxe ensemble. Le commissaire demande à Michel d’être ses yeux et ses oreilles dans le monde clos du Bazar. Voilà le duo ainsi constitué
Au fil du roman, nous voyons évoluer tout le personnel du magasin. Il faut interroger les uns et les autres, vérifier l’alibi de chacun au moment du meurtre, essayer de comprendre qui avait intérêt à la mort de celui que tous appelaient Superman. L’arme étant le fil du téléphone, il reste à savoir qui avait le mobile et l’opportunité de cet assassinat.
Évidemment sans caméras de surveillance, téléphones portables et ordinateurs, on se retrouve plongés dans une atmosphère à la Simenon. Sauf que l’auteur mène son récit avec humour et que même si Morelli fume la pipe comme Maigret, il n’a pas son pouvoir d’observation et de déduction.
Heureusement, Michel est là et peut compter sur l’aide de sa fiancée, Pivoine, mannequin au Bazar, et de ses logeuses, les curieuses sœurs Bodin.
Il est très agréable de vivre quelques heures dans les années cinquante. Au cinéma, la séance commence par un documentaire suivi des "Actualités" avant un entracte pour acheter les esquimaux. Une "sonnerie aigrelette" appelle au retour en salle pour "le grand film". Quant aux poursuites automobiles, elles se pratiquent en traction et en Oldsmobile. Toute une époque !
Après le succès de ce premier volume, cinquante mille exemplaires vendus en quelques semaines, Berthe et Banche Bodin vont devenir les véritables héroïnes des romans suivants, à la manière de Miss Marple chez Agatha Chistie.

Dans le deuxième volume, Cadavres en vacances, Les deux sœurs quittent Orléans pour un séjour dans le Midi, chez une cousine, Leone Malichoux, qui tient une pension de famille à La Ciotat, Beausejour.
Comme dans le premier roman, les deux sœurs vont coopérer avec un jeune homme. Ici, c’est Marc qui se rend aussi, avec Brigitte son épouse, dans la même pension que les deux sœurs.
Sept vacanciers occupent déjà des chambres à Beauséjour. Un homme en fauteuil roulant, Noël Varescot, et son neveu, Saint-Clair ; un couple, Oscar et Fanny Levert ; un peintre belge, Bernard Gaillard ; une séduisante jeune femme, Stella Fourneau, et un homme timide, Julien Jacques, amoureux transi de Stella.
Mais dès le premier repas, les nouveaux arrivants apprennent la mort du neveu, Saint-Clair. « On vient de découvrir son corps déchiqueté dans la calanque de Figuerolles. D’après les gendarmes, le malheureux garçon a certainement tenté d’escalader les rochers et, perdant pied, il était allé s’écraser au sol. »
Le séjour des deux sœurs commence sous de sombres auspices mais cela ne les empêche pas d’aller faire quelques emplettes en ville. « Il est bien connu qu'on ne peut jouir parfaitement de ses vacances que lorsque l'on a fait savoir à ses amis et connaissances que l'on est en mesure d'en prendre. Les sœurs Bodin n'échappaient pas à cette règle et avaient préparé, bien avant leur départ pour la Côte d'Azur, une longue liste de personnes à ne pas oublier. […] Elles mirent plus d'une heure à choisir dix-sept cartes postales différentes alors qu'il aurait été si facile de prendre dix-sept fois la même puisque les personnes qui les recevraient ne se connaissaient pas. » La plume de l’auteur ne manque pas d’humour et se montre parfois gentiment ironique.
Mais sans nous faire oublier qu’on est plongé dans un roman policier.
Après la mort accidentelle du neveu c’est l’oncle qui meurt dans son fauteuil roulant écrasé par un camion. Manque de chance, imprudence ou suicide ?
Marc, Brigitte et les deux sœurs vont observer de plus près ce qui se passe à Beauséjour et se rendent très vite compte que tous ces gens, qui semblent s’ignorer pendant la journée, se réunissent la nuit pour de mystérieux conciliabules. La surveillance des enquêteurs n’empêche pas la liste des victimes de s’allonger. Quel secret relie ces personnes ? C’est ce que les sœurs Bodin vont s’efforcer de découvrir et, bien entendu, rien ne leur résiste…

Voilà une bonne occasion de se plonger dans l’atmosphère des années cinquante avec des enquêtes à la fois noires et pleines d’humour. On attend déjà les volumes suivants annoncés pour septembre prochain. Patience…

Serge Cabrol 
(09/03/26)    



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Noir & polar








HC éditions

Collection L'Empreinte
(Janvier 2026)
304 pages - 16 €

Version numérique
9,99 €







Jean-Pierre Ferrière,
né en 1933, écrivain, scénariste et dialoguiste,
a publié plusieurs dizaines
de romans policiers.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia





Les couvertures des éditions de 1957 et 1958 dans la collection La Chouette, chez Ditis.