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Dominique FABRE
La jeunesse est un cœur qui bat
En arrivant à la fin de sa carrière de professeur d’anglais, Domnique Fabre revisite ce qui a constitué son quotidien pendant de nombreuses années. Il a toujours mené de front l’écriture et la vie professionnelle. Avec une trentaine de livres en trente ans, c’est un beau parcours d’écrivain. Après avoir évoqué avec beaucoup de subtilité et d’humanité des dizaines de tranches de vies d’ici ou d’ailleurs, l’auteur met ici son style au service de ceux et celles qu’il a croisés au fil de sa carrière d’enseignant. Les établissements, les collègues, la hiérarchie, l’administration, les parents, mais aussi et surtout les élèves… Domnique Fabre a enseigné dans divers établissements de la région parisienne et, au fil des souvenirs qui lui reviennent à l’esprit, c’est toute une galerie de portraits qui est constituée dans un écrin de lieux et d’atmosphères. « Toufik voulait se débarrasser de sa paresse. Il détestait sa paresse. M’sieur, j’en ai marre d’être paresseux ! sur le Coran vrai, je vous jure ! Il s’installe devant son livre pour faire ses devoirs, sort ses stylos et, tout de suite, il a envie de jouer à la Play ou de manger des Kellogg’s. » Pasindu, un élève indien qui parle très bien anglais, est retourné en Inde pendant un mois pour entourer une grand-mère malade. Là-bas, il a fait une mauvaise rencontre. This man, he was old, so old ! « Je me suis demandé s’il fallait alerter quelqu’un pour cette histoire. » Une question qui revient dans de nombreuses situations délicates qui n’ont rien à voir avec le contenu du cours. Que faire ? Faut-il intervenir ? Comment ? Armance, plus intéressée par la danse que par les cours, en fait voir à ses parents et fugue quand elle ne supporte plus le quotidien. L’enseignant s’efforce d’être toujours compréhensif. « D’autres fois, Armande avait un genre de chagrin qui la forçait à rester avachie sur le bureau, et ça ne servait à rien de lui demander de se tenir droite. Ni de la virer. Ni la coller. Ni quoi que ce soit. Elle était là sans être là. » Aziz aussi a tendance à dormir les bras croisés sur le bureau. Un jour, on a eu le fin mot de l’histoire. « Il a acheté un pitbull qui a déchiqueté le canapé acheté à crédit par ses parents dans l’appartement du S. Ils l’ont mis à la porte, c’est ton chien ou toi. C’est mon chien. Il a dormi dans les cages d’escalier. » Et puis Sandy, Antonin et beaucoup d’autres… Il y a aussi les anciens élèves devenus adultes qu’il rencontre dans la rue. Certains ont réussi à intégrer le monde de l’entreprise, d’autres pas… Ils sont souvent contents de rencontrer leur ancien prof. Côté collègues et hiérarchie, c’est aussi très contrasté. De bonnes relations se sont créées mais aussi des conflits avec des chefs d’établissement méprisants et des inspecteurs qui font des dégâts lors de leurs passages épisodiques comme celle qui se montre compréhensive pendant sa visite mais envoie ensuite des rapports d’inspection catastrophiques. « Certaines enseignantes pleurent, parlent de se mettre en congé maladie. D’autres déplorent qu’on ne puisse pas porter plainte contre des gens comme ça. C’est visiblement plus rude que d’ordinaire. – Je suis complètement dégoûtée. – Ah mais qu’elle vipère, je te jure ! – J’en ai marre de ces gens je vais changer de métier… » Et bien entendu le salaire n’est pas à la hauteur. « Lorsque j’ai reçu ma première paye d’enseignant, j’ai appelé le rectorat pour leur demander s’ils ne s’étaient pas trompés. Mais non, pourquoi ? La dame au bout du fil était surprise. J’avais le statut d’ouvrier qualifié dans la presse, avant d’être enseignant, je gagnais plus, évidemment. – Vous ne vous êtes pas renseigné ? Pourquoi avez-vous changé ? » C’est tout un univers vu de l’intérieur que Dominique Fabre nous propose de visiter avec lui. Il nous fait partager ses émotions, ses surprises, ses déceptions et aussi la fatigue qui l’a accompagné pendant tout ce temps. « Le soir, je m’enferme dans la cuisine pour faire à manger. J’entends mes enfants rire devant les dessins animés. Ils voudraient seulement qu’on joue, je ne peux pas. Je m’en veux de leur faire défaut. Au bout d’un moment je sens des vagues de colère qui refluent. Cette nuit, elles vont me réveiller. Je ne dors pas la nuit. Je tiens, mais pour combien de temps ? » Difficile dans ces conditions de mener de front la vie professionnelle, la vie familiale et le parcours d’écriture mais fort heureusement Dominique Fabre a tenu bon, pour notre plus grand plaisir. Un livre aussi émouvant que salutaire.
Serge Cabrol
(02/03/26)
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Lectures

Arléa
(Janvier 2026)
280 pages - 20 €
Dominique Fabre,
né à Paris en 1960, a publié de nombreux ouvrages (poésie, nouvelles, romans) et obtenu plusieurs prix littéraires.
Bio-bibliographie sur
Wikipédia
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un recueil de nouvelles
du même auteur :
Trois passagers
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