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Denis DOMMEL

Morts à l’appel


Le titre est particulièrement bien choisi, avec une note d’humour noir qui donne le ton du roman.
« Alors qu'il esquissait un geste pour remettre le téléphone à sa place, les vibrations reprirent de plus belle tandis qu'APPEL INCONNU s'affichait de nouveau sur l'écran. Avec une moue de satisfaction, il porta l'appareil à l'oreille droite en entonnant un "Allô" fort commercial. C'est à ce moment-là, dans l'attente d'une hypothétique réponse qui ne vint jamais, que le visage de Gilbert Massenet se figea pour la dernière fois dans une tétanisante surprise. Un instant plus tard, son visage explosait littéralement en maculant d'hémoglobine sa veste de chasse camouflage, pour le coup beaucoup moins discrète. »
La police et la gendarmerie vont se trouver confrontées à une série de meurtres commis selon le même mode opératoire : le téléphone explose lorsque la victime décroche pour répondre à un appel inconnu. Quel est le lien entre les victimes ? Comment les téléphones sont-ils piégés ? Qui peut se trouver derrière une opération aussi sophistiquée ?

Dans ce premier toman de Denis Dommel, nous rencontrons une narratrice qui ferait un très beau personnage récurrent. Rebecca Tandy est une journaliste free-lance qui a connu de beaux succès. « J’avais rédigé de jolis articles sur quelques grandes affaires criminelles et y avais gagné une certaine reconnaissance de mes pairs J’avais dans la foulée publié un livre d’enquêtes qui sans être un véritable best-seller avait tout de même installé mon éditeur parmi les plus en vue de la capitale. » Mais la notoriété s’estompe vite et elle avait choisi de se faire oublier quelque temps. Deux ans pour être précis, un congé sabbatique au soleil, se limitant à quelques tâches alimentaires. « Quelques articles de voyage, un guide des plus belles plages des Canaries, des blogs pour des gens qui voudraient bien mais ne savaient pas écrire, voilà tout ce que j’avais pondu ces deux dernières années, ne travaillant à ces tâches ingrates qu’au grand maximum un ou deux jours par mois. » Lassée de ce farniente peu rémunérateur, la voilà de retour à Paris où personne ne l’attend, où elle va devoir donner le meilleur d’elle-même pour écrire et publier ses articles.
Cette série de meurtres va lui permettre de mettre en œuvre toutes ses qualités d’enquêtrice, sa ténacité, son courage, parfois à la limite de l’inconscience, et son charme naturel, en tout bien tout honneur, pour le plus grand plaisir des lecteurs.  

En chapitres alternés, nous suivons l’enquête des services officiels. Là aussi, nous allons trouver des personnages bien construits, auxquels on s’attache dans leur diversité, avec leurs qualités et leurs défauts.
Le premier meurtre s’étant produit dans une forêt de Seine-et-Marne, ce sont les gendarmes que nous rencontrons en premier et notamment le major Majorelle qui comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un accident de chasse. On le sent énergique et réfléchi mais aussi empathique envers ses subordonnés comme ce jeune gendarme bouleversé par cette scène de crime où la cervelle de la victime s’est dispersée dans un rayon de plusieurs mètres. « Tu verras, petit, moi je te le dis : finalement au bout de vingt ans de carrière, ben en fait, tu sais quoi, on s’y fait jamais… »
Le deuxième meurtre ayant eu lieu dans une tour de La Défense, c’est la police qui vient faire les premières constatations.  Le fait que le commissaire Boullard soit chargé de l’enquête réjouit Rebecca Tandy. « Ma journée s’annonçait soudain sous de meilleurs auspices : Boulard était passé commissaire ! Je l’avais connu lieutenant sur une sombre histoire de trafic d’ordinateurs en banlieue sud et nos rapports avaient été plutôt cordiaux, on pourrait même dire intimes. » Il est toujours aussi sensible à la personnalité et au charme de la journaliste et leur complicité va les aider à avancer dans cette difficile enquête.
Compte tenu du mode opératoire employé pour cette série d’assassinats, le directeur de la police a recours aux services du commandant Sallers, spécialiste de la cybersécurité. C’est un policier efficace et compétent qui a une petite faiblesse, sa gourmandise. Il ne sait pas résister à « un solide petit déjeuner avec café, œufs au bacon et tartines de confiture » et il accepte mal son surpoids encombrant. « Il sentait bien que son dernier régime ne fonctionnait résolument pas car il avait le plus grand mal à ne pas emporter son fauteuil avec lui lorsqu’il se levait. »

Une jeune journaliste, un major de la gendarmerie, un commissaire sentimental et un commandant boulimique, voilà le quatuor que nous suivons au fil de cette enquête. Grâce à eux, toutes les questions vont trouver leurs réponses mais ce n’est pas ici qu’on peut en dire plus, c’est en suivant l’enquête que le lecteur prend son plaisir. Le scénario est bien construit avec ce qu’il faut d’atmosphère, de suspense et de rebondissements. Bravo pour ce premier roman, on espère déjà une suite…

Serge Cabrol 
(15/06/26)    



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Noir & polar








L’Aube Noire

(Avril 2026)
280 pages - 18,90 €













Denis Dommel
est réalisateur de documentaires et scénariste de fiction.
Morts à l’appel
est son premier roman.