Retour à l'accueil du site





Michael CRUMMEY

Les Naufragés


Ce roman, Les Naufragés, raconte la rencontre amoureuse puis la longue séparation entre Wish, jeune orphelin Terre-Neuvien, qui va d’île en île projeter des films pour distraire les rudes îliens qui y vivent, et Mercedes, une jeune fille d’à peine seize ans, très entourée, très surveillée par sa famille rigoriste. Il est catholique, elle est protestante. Il fait le pari d’aimer cette fille, elle tombe folle amoureuse de lui et va jusqu’à quitter son île pour le retrouver parce qu’il s’est enfui, tel Roméo, poursuivi par la vindicte des habitants de Little Fogo.

On est en 1940 et ce ne sont pas les préjugés religieux qui vont réussir à les séparer mais la guerre, où s’engage Wish, qui saura bien mieux les éloigner.

De longs chapitres alternent sur la destinée de Wish finalement prisonnier à Nagasaki et sur Mercedes, qui croyant Wish mort, se marie et va vivre aux États-Unis.

Ce n’est que cinquante ans plus tard que Wish, détruit par les horreurs de sa captivité, échouera sur sa terre natale où Mercedes revient elle aussi disperser les cendres de son mari et faire connaître à sa fille les lieux de son enfance.

Comme les personnages, le lecteur est balloté du Canada au Japon, de Terre-Neuve aux USA, le récit de Crummey faisant de constants va-et-vient entre le passé et le présent. Le lecteur, secoué, par les événements tragiques qui se succèdent, reconstitue aussi la vie des protagonistes par ce qu’ils racontent eux-mêmes aux autres, comme le récit que Wish fait à Mercedes du raz de marée qui a dévasté son île et tué ses parents quand il était enfant ou quand Mercedes évoque devant lui l’accident terrible qui lui a valu la perte de sa beauté et de sa fille aînée.

Wish semble définitivement cassé, comme rejeté mort-vivant sur les rives de l’Histoire. On se demande jusqu’au dernier mot du livre si Mercedes pourra lui réinsuffler une étincelle de vie.

C’est le récit de ce qu’a vécu Wish, alors tout jeune homme, au camp de Nagasaki, et qu’il ne cesse de revivre en pensée auprès de deux de ses camarades, qui jette sur cette histoire d’amour impossible, la lueur sadique du regard de Nishino, l’interprète tortionnaire du camp et le halo mortel de la bombe atomique.

« – Où est ma mère ?
– Elle est partie vers le côté sud.
Ils tournèrent tous deux la tête dans cette direction et la virent s’approcher lentement de la maison où elle était née.
Bella s’assit près de lui et observa le port. Puis elle dit :
– c’est à cause de vous qu’elle est partie d’ici, pas vrai ?
– c’est elle qui t’a raconté ça ?
– C’est mon père. Il m’a dit que maman avait laissé sa vie derrière elle pour un homme.
Wish lui sourit, étonné. Il ne voyait pas pourquoi le père d’Isabella lui aurait dit une telle chose.
– Ta mère et moi, on était à peine plus que des enfants à l’époque.
– Ha ! fit-elle sur un ton qui pouvait aussi bien exprimer l’insatisfaction que le doute.
Elle hésitait à ajouter quoi que ce soit et balayait la plage des yeux.
– On dirait qu’on a lâché une bombe sur cet endroit. »

Sylvie Lansade 
(03/08/26)    



Retour
Sommaire
Lectures








Phébus

(Mars 2026)
416 pages - 24,50 €

Version numérique
17,99 €





Traduit de l’anglais
(Canada) par
Aurélie Laroche






Michael Crummey,
originaire de Terre-Neuve, est un écrivain et poète canadien.