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Hélène COUTURIER


Un homme raisonnable


Quand la mort de l’amant vient bouleverser la vie du mari trompé, c’est un étrange paradoxe, mais il faut dire que le mari trompé a un comportement pour le moins étrange lui aussi.
« Il y avait une chose qui échappait encore plus que les autres à la capitaine Blandine Blanco, pourquoi un homme était plus attristé que sa femme, de la mort de l’amant de sa femme ? »

Quand s’ouvre le roman, Orso Orsini est dans le coma. Il entend tout ce qui se passe et se dit autour de lui mais il ne peut ni bouger ni parler. Par contre, il a toute sa mémoire et toute sa conscience. Il se souvient des coups de feu sur la péniche et revoit la capitaine allongée, une balle dans la cuisse. Est-elle morte ? Il a peur de s’endormir et qu’on le déclare mort. Alors, pour rester éveillé et vigilant, il se raconte tout ce qu’il a vécu depuis le 3 février.

Ce jour-là, il passait dans la rue Lemercier où Montse, son épouse, peintre et copiste a son atelier quand il a croisé un « inconnu magnifique ». « C’était un homme qu’on ne pouvait pas ne pas remarquer, sauf à être rivé à l’intérieur de soi ! Grand, mais pas immense, athlétique, mais pas surdimensionné. Un pas chaloupé, des pommettes hautes, nettes comme taillées, une bouche immense, des yeux étirés. »
D’habitude, Orso ne se retourne pas sur les gens, hommes ou femmes, mais « c’était si inhabituel de croiser une beauté pareille que ça justifiait une entorse aux habitudes. »

En se retournant, Orso voit l’homme s’arrêter devant l’immeuble où Montse a son atelier et composer le code de mémoire, sans hésiter. Par la verrière, il voit l’inconnu entrer dans l’atelier, Montse enlever son châle et le lui jeter puis fermer les rideaux.

Sidéré, Orso se met à cogiter. « En plus de trente ans de vie commune forcément Montse avait dû s’approcher d’un autre. Il n’était pas assez vaniteux pour croire que Montse était entrée dans les ordres de la monogamie le jour où elle lui avait confié son amour absolu ! Mais même en mettant de côté toute vanité, Orso constatait qu’entre imaginer une éventuelle tromperie et vivre un adultère en direct devant un rideau occultant, il y avait un espace de souffrance non négligeable. »

Orso et Montse ont un fils, Marti, parti en Somalie et Orso ne supporte pas ce départ, le vide de son absence, et il a peur pour lui. C’est, en partie, ce vide à combler plus que la jalousie, qui va pousser Orso à s’intéresser à cet « homme magnifique ». Fouillant dans l’ordinateur de Montse, il va trouver l’identité de l’amant, Ernesto Diaz, marchand d’art, dont la femme est propriétaire d’une boutique spécialisée dans le mobilier et les objets vintage du Nord de l’Europe.
 
Orso, sans bien savoir pourquoi, va suivre Ernesto pendant plusieurs jours et même lui parler.
Et voilà que le bel Ernesto est assassiné…
C’est là qu’entre en scène la capitaine Blandine Blanco chargée de l’enquête.

Orso est suspect parce que son attitude envers la victime paraît étrange. Et puis ses origines corses, son père cambrioleur et son grand-père autonomiste, ne plaident pas en sa faveur. Faute d’être le meurtrier, il pourrait être le commanditaire d’une vengeance contre la trahison de sa femme. Les clichés ont la peau dure mais la capitaine n’y croit pas vraiment et ce n’est pas suffisant pour le mettre en garde à vue. Il va pouvoir lui aussi mener son enquête pour comprendre ce qui a bien pu se passer.

Cette enquête nous mène dans le milieu de l’art, plus précisément de l’art cubain, de sa protection contre la dispersion du patrimoine national au profit de collectionneurs privés, du rôle et du travail des copistes comme Montse et des marchands comme Ernesto.

L’autrice nous balade, au sens propre, dans les rues de Paris sur les traces du bel Ernesto et construit un petit monde émouvant et non dénué d’humour autour d’Orso Orsini, un peu naïf et lunaire, de la capitaine Blanco qui ne lâche rien et de quelques autres personnages qu’on apprend à connaître au fil des chapitres.

Orso sortira-t-il du coma à la fin du roman et Blandine est-elle morte sur la péniche où elle perdait son sang dans les premières pages ? Qui a tué le bel Ernesto et pourquoi ? Suspense…

Serge Cabrol 
(19/01/26)    



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Noir & polar







Hélène COUTURIER, Un homme raisonnable
Rivages / Noir

(Janvier 2026)
224 pages - 20 €

Version numérique
14,99 €









Hélène Couturier,
journaliste, scénariste, réalisatrice, plasticienne et écrivaine a déjà publié une douzaine de livres pour les adultes et la jeunesse.

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