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Catherine BRUNEAU


Illuminations de Printemps


Graal

elle découvre
ce poète breton
qui marche résolument
sur les traces de Rimbaud

[…]

pulsion, pulsations
désirs, terreurs
se fondent à la houle
puissante, ravageuse

s’élèvent avec les vagues indomptables
avant l’explosion dans l’écume
respiration, et puis
le fracas recommence

élévation, exaltation
chute, douleur
suspension éphémère dans l’éther
espérance

et ainsi l’homme grandit

            Le recueil de poèmes dont le titre Illuminations de printemps est sur les traces de Rimbaud, manifeste une présence au monde qu’elle voudrait partager, bien évidemment une perception de la nature mais également de ce que je nommerai la vie sociale comme dans la seconde partie du recueil, D’un autre monde.

…dans la flamboyance du matin
que donne à voir
toute la jeune verdure épandue
sans retenue

alors s’agenouiller
pour chuchoter l’émerveillement
laisser le chat écouter, près de soi

            Ou encore

le vent du matin n’est pas clément
herbes violemment couchées
terre desséchée
dans le jardin, les oiseaux se sont tus

mais ce bonheur, ce bonheur
d’offrir le visage
au vent cinglant
comment le dire ?

et cette frénésie qui se saisit des mains, des doigts
pour arracher les herbes folles
terribles prédatrices
qu’il faut éradiquer

parce que, parce que
elle ne sait pas trop pourquoi
sûrement pour préserver
les roses en devenir, les trèfles fragiles

et pourtant, la peau arrachée,
les ongles noirs dans cette urgence
elle veut prendre tout du vent, de la terre
sinon pourquoi

            Ou, regardant ailleurs vers l’est ;

Parce qu’il faut marcher

parce qu’il faut marcher
envers et contre toute oppression

droit devant elle, elle marche
menton levé au-delà de ses pas

la démarche souple, provocante
elle marche, sans rien qui puisse la retenir

sa longue chevelure balancée
au rythme de ses hanches 

Masha est morte

elle ne tremble pas,
ne veut plus trembler

et pourtant, les geôles
les tortures, le viol

Mort à la République islamique
...

            Elle, souvent doublé dans les vers, personnage récurrent des poèmes, semble être le double de la narratrice, l’autre presque comme elle, qui parfois se penche sur son passé, les existences disparues. « elle, elle parle de bords poétiques / sans trop savoir ce qu’elle cherche au-delà ». Elle, elle écrit :
le bord, le bord des choses
le bord des mots
au bord,
là où on se dit que tout n’est pas perdu

            Un recueil poétique sensible entre l’hiver qui se meurt et l’avancée dans l’été, plein de « gravures colorées » selon Verlaine, plein de « planches en couleurs » selon d’autres (sens anglais d’illumination), du jardin au matin, du monde et de ses horreurs.

Michel Lansade 
(10/08/26)    



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