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Roé Léry a quitté son Québec natal depuis plusieurs années pour vivre en Chine. Il est tombé en amour là-bas, aussi bien d’une femme que du pays tout entier et de ses habitants qui trouvent toujours grâce à ses yeux, ce qui n’est vraiment pas le cas de ses compatriotes. Obligé de revenir à Montréal pour relancer les ventes d’un livre qu’il avait écrit pour faire de l’argent, et ça a marché, ce livre où il défend le franglais, ce qu’il abhorre, a fait un carton et son éditrice est persuadée que sa présence et quelques interviews de lui, pourraient en rebooster la vente. Dès le voyage en avion, le lecteur est prévenu, tout ce qui est chinois est beau et racé, tout ce qui est canadien est laid et vulgaire. La lectrice que je suis, d’abord choquée de tant de partialité teintée de racisme et de machisme a fini par en rire. L’amour de la Chine, la détestation du Québec sont tellement exagérés, le trait tellement caricatural que le pamphlet amuse et interroge, a-t-on affaire à un Houellebecq du nouveau continent ou d’un amoureux de son pays contrarié, peut-être les deux, mais on rit beaucoup de tant de causticité. Ce retour au pays se traduit donc par d’horribles descriptions des habitants de Montréal et de leur façon de parler. […]je m’émerveillais de ce nouveau langage qu’ils avaient créé sur les ruines du français,[…] les « r » en fin de mot systématiquement escamotés, des diphtongues en veux-tu en v’là « moé spo compliqué chu’l miroaé d’la personne qu’y é t’en face de moé ; sit’é correk aèc moé j’vo aêt’suuupaé smat aèc toé, mais si t’é chien par ‘emp’, watch toé, pasque ch’peux aêt’bitch en criss, » mais soudain je ne voulais plus comprendre je ne voulais même plus entendre je ne voulais plus être mangé par le bruit ignoble de leur conversation collective […] Exacerbé par son chagrin d’amour, le narrateur ayant reçu de son amoureuse chinoise une lettre de rupture, fait monter son aversion pour les Québécois jusqu’à la haine. L’espèce de Jeanne d’Arc érotique, doctorante en histoire le jour, et masseuse érotique la nuit, qu’il rencontre, va-t-elle réussir à l’apaiser en l’entraînant dans une étrange croisade pour sauver les reliques de la co-fondatrice de Montréal ou au contraire lui faire perdre définitivement toute indulgence pour ses contemporains ? Cette drôle de quête ne laissant rien présager de bon pour ce qui est de l’opinion que le narrateur a de ses compatriotes mais pouvant consoler son chagrin d’amour. C’est tordant et ça permet de s’interroger sur sa propre aversion de certains travers de ses compatriotes et de la tendance générale des pays occidentaux à angliciser leur langue et américaniser leur façon de vivre, pas forcément pour le mieux. Sylvie Lansade (17/09/26) |
Sommaire Lectures ![]() Québec Amérique (Mai 2026) 312 pages - 21,50 € Version numérique 8,99 € ![]() Philippe Arseneault Ma sœur chasseresse est son deuxième roman. Bio-bibliographie sur le site de l'éditeur |
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