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Stéphane SERVANT & Gaya WISNIEWSKI


Esprits d’enfance


Esteban est retourné dans la maison de sa grand-mère où il passait, avec sa sœur, Gayouchka, de merveilleuses vacances dans leur enfance. Il écrit à Gayouchka pour évoquer tous les souvenirs qu’il y a retrouvés.
« La maison est vide mais elle est toujours debout, comme si elle nous attendait depuis toujours, emmitouflée dans l’écharpe verte et moelleuse de la forêt. Au grenier, j’ai retrouvé dans une vieille malle la carte que tu avais dessinée l’été des Lucioles. Est-ce que tu t’en souviens ? Il y a sur cette carte tous les esprits que nous avons rencontrés durant nos vacances chez mémé : Suce-pied, Arbre qui pleure, les Crapauds de Bonaventure et tant d’autres ! »
Très ému par ces souvenirs d’enfance, il décide d’écrire un livre sur ces esprits et propose à sa sœur de d’illustrer. Elle accepte par retour du courrier et ce roman graphique est le résultat de leur travail…

Les « esprits », ils en ont recensé une vingtaine et chacun d’entre eux apportait l’explication d’un mystère de la vie quotidienne. En quelques pages alternant texte et dessins, les esprits nous sont présentés avec leur fonction bien définie.
Le premier, Soukapat, profite de ce que personne ne le regarde pour semer la pagaille dans la maison.
« Par exemple les clés de voiture ont disparu ? C’est sûrement Soukapat. Le contenu du coffre à jouets est répandu par terre ? Soukapat ! Les lacets sont pleins de nœuds Soukapat ! Les livres de la bibliothèque sont éparpillés, les paires de chaussettes mélangées, une fermeture éclair coincée ? Encore Soukapat ! »

Une bonne méthode pour ne pas se sentir responsable de ce qui arrive, c’est toujours l’œuvre d’un esprit aussi mystérieux qu’efficace.
Cet esprit, « il arrive qu’on puisse le voir. Si, si, on peut l’apercevoir dans le miroir, furtivement, et c’est justement quand on passe devant… »

La plupart des esprits correspondent à des souvenirs d’enfance plutôt joyeux ou amusants comme Suce-pied, Croque-chaussette, Chante-marmite, Lèche-mousse et beaucoup d’autres.

Mais certains abordent des sujets plus sérieux.
Pamoaki est un esprit assez courant qui « s’intéresse beaucoup aux enfants… mais pas que ! Il suffit d’écouter certains adultes aux informations, des messieurs très sérieux en costume cravate qui disent de gros mensonges, et on se dit que Pamoaki n’est sans doute pas très loin… »

Arbre qui pleure. « Dans la forêt ou au parc, il arrive qu'on entende un drôle de gémissement venu d'on ne sait où. Comme une sorte de plainte un peu triste. C'est peut-être Arbre qui pleure que vous venez d'entendre. […] Arbre qui pleure est peut-être la voix de tous ces arbres blessés par les hommes à cause de nos grands chantiers inutiles ? »

Petite mort. « Bien sûr, on ne pense pas à la mort tous les jours, surtout pas quand on est enfant. Mais parfois, ça arrive, on trouve sur le trottoir ou dans un buisson une petite bête morte. […] Petite Mort nous accompagne dans ces instants, elle fait le lien entre ceux qui restent et ceux qui sont partis. […] C'est notre grand-mère qui nous a appris tout ça, l'été où nous avions trouvé le rouge-gorge les yeux fermés, allongé sur un lit de fougères. »

Parmi tous ces esprits, bien entendu, il ne faut pas oublier Doudou. « Il y a quelque chose de magique dans la relation qui se noue entre un enfant et un Doudou. […] Quand il a été choisi par un enfant, c'est comme si l'objet devenait vivant. On dirait presque que c’est l'enfant qui donne naissance à l'esprit ! […] D'ailleurs, c’est pour ça que beaucoup d'adultes ont encore dans leur placard leur vieux Doudou. Parce qu'il existe encore un lien entre eux et leur esprit. Un lien spécial que rien ne pourra jamais effacer et qu'on appelle tout simplement l'enfance. »

Ce roman graphique peut aussi fonctionner comme un recueil de contes. Chaque chapitre peut être lu séparément, en silence ou à voix haute, et même monté en spectacle, comme l’ont fait les auteurs qui proposent une "lecture dessinée" de quarante minutes pour un public à partir de huit ans (informations : ici).

La lecture de ce livre ouvre plein de fenêtres sur l’imaginaire. Après l’avoir bien lu ou bien écouté, les enfants peuvent, à la maison, en classe ou dans un atelier d’écriture, retrouver (ou inventer) un événement (un oubli, une bêtise ?) et imaginer quel esprit a pu en être responsable.

Voilà un bel objet, une lecture vivante et très accessible (que des textes de trois ou quatre pages), des illustrations (en noir ou en couleur) à presque toutes les pages qui mettent très bien en scène tous les esprits et montrent les enfants en vacances chez leur grand-mère, un livre que les enfants auront plaisir à lire et relire !

Serge Cabrol 
(01/09/25)    



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Jeunesse









Rouergue Jeunesse

(Août 2025)
Roman graphique
140 pages - 17,80 €









Stéphane Servant

Bio-bibliographie
sur son site
stephaneservant.fr/





Gaya Wisniewski

Bio-bibliographie
sur son site
gayawisniewski.com/








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