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Saïd KHATIBI
La fin du Sahara
La fin du Sahara ce n’est pas la fin du désert, quoique d’une certaine manière c’est pour les Algériens pendant les émeutes de 1988, la fin d’une vie quotidienne désertique en raison des pénuries de toutes sortes. Non, La fin du Sahara c’est la fin de l’hôtel Sahara et de son cabaret où chantait Zakia Zaghouani que l’on a retrouvée assassinée au "Pré" avec une seule boucle d’oreille, d’où le titre clin d’œil de la première partie, La boucle d’oreille à la perle. La deuxième partie s’appelle Spectre et la dernière c’est le titre du roman et véritablement la fin du Sahara, de l’hôtel-cabaret et de tout un establishment hérité du FLN. L’enquête est confiée à l’inspecteur Hamid qui se trouve là en poste contre sa volonté, à cinq heures de route d’Alger, sa ville natale, et en même temps protecteur de Zakia qu’il écoute presque tous les jours. Hamid a vite fait d’accuser Bachir, l’amant platonique de la chanteuse. Nora, avocate, cousine de Bachir, mène également l’enquête. Si bien que se croisent les rencontres, les interrogatoires ou entrevues. Nous avons beaucoup de "témoins", de personnages liés à Zakia, Achour, Bachir dont nous avons parlé et qui tient son journal en prison, Cheika l’autre chanteuse du cabaret, Kamel, Halima, Hadj Mimoun le directeur de l’hôtel, et Ibrahim. « On m’appelle Ibrahim, Braïhoum ou Briba. Ici peu importe le nom que tu portes. » Autant de noms, titres de chapitres, si bien que nous avons un roman choral où chacun se raconte, livre ses impressions sur l’interlocuteur, des voix qui tissent un roman noir, pas seulement l’intrigue policière. Ces voix sont encadrées par des chapitres qui déroulent le temps, donnent des dates qui vont du 9 septembre au 8 octobre, un mois, le temps de l’enquête et de l’émeute. Le roman noir c’est la vie quotidienne des Algériens dans cette ville au bord du désert Ainsi, Nora : « On s’est mises à bavarder de la hausse des prix de l’alimentation, de la rareté de certains produits, des coupures d’eau et de l’augmentation du prix de l’électricité… » Pénurie qui semble organisée. Ainsi Hadj Mimoun, le patron de l’Hôtel Sahara, possède un hangar où il stocke produits alimentaires et médicaments. Le "Pré" est un quartier en terre battue, sorte de bidonville où se font tous les trafics, aussi bien de drogues que de médicaments (car ces derniers manquent dans les hôpitaux) ou d’objets divers comme des ventilateurs… Aussi Ibrahim déclare : « Je me rappelle encore la dernière fois que j’ai bu de l’eau minérale, c’était le jour où il avait été question de famine en Éthiopie à la télévision, j’avais acheté une bouteille en pensant que j’en mettrais plein la vue à une collègue de fac si je lui en proposais. Ça n’a pas marché et je n’ai pas réitéré l’expérience. De toute façon, les microbes ça me connaît. Comme tous ceux qui sont passés par les éruptions cutanées et les diarrhées de l’enfance, je suis immunisé. Quand le marchand de javel est passé ce jour-là avec son triporteur, je lui en ai pris deux litres comme me l’avait demandé maman que son mal de ventre laissait un peu tranquille. » L’ensemble des services publics sont abîmés. Nora : « J’ai fait les courriers à mes clients pour les avertir que je n’étais plus en mesure de suivre leurs dossiers, ce qui arrivait à Bachir m’occupait à plein temps. […] Je suis sortie glisser les plis dans une boîte à lettres jaune de la poste, en priant pour qu’elles arrivent à destination. C’est devenu une habitude : les courriers se perdent et les bureaux compétents se dérobent à leurs responsabilités. » La fin du Sahara est un roman très noir où les personnages semblent sans avenir, entravés dans leur vie quotidienne, sauf à avoir une carte de descendant de martyrs de l’indépendance, où on vit au jour le jour dans la difficulté, où les voix du peuple disent leur désespoir et se révoltent. Il y a du roman picaresque dans ce livre passionnant.
Michel Lansade
(11/09/25)
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Sommaire
Noir & polar

Gallimard / Série Noire
(Mars 2025)
400 pages - 20 €

Folio
(Mai 2026)
400 pages - 9,50 €
Traduit de l'arabe (Algérie) par
Lotfi Nia

Saïd Khatibi,
né en 1984 en Algérie, est écrivain et journaliste. La fin du Sahara est son premier roman traduit en français.
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