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Mehdi IKADDAREN
La chambre des somnambules
Après les nouvelles publiées dans des revues, Mehdi Ikaddaren voit enfin paraître son premier recueil et c’est une bonne nouvelle pour tous les amateurs du genre. Au fil des neuf textes de ce livre, on s’aperçoit que l’auteur est à la fois nouvelliste, poète et conteur. D’une écriture classique (avec imparfait du subjonctif), un vocabulaire soutenu, une langue poétique et descriptive, riche en sensations, l’auteur nous embarque pour un voyage dans plusieurs pays et plusieurs époques, où nous rencontrons des personnages attachants, troublés par des amours impossibles, des ruptures, le temps qui passe, le vieillissement, parfois des retrouvailles tardives, mais aussi l’épreuve de la guerre avec là aussi tant d’amours contrariés.
La première nouvelle se déroule en Italie. À Zianigo, près de Venise, un jeune garçon travaille dans l’atelier du peintre Palvetti. Il mélange les pigments, prépare les couleurs. Un jour, l’une des modèles du peintre s’approche de lui en train de dessiner dans la poussière et l’emmène chez elle pour manger et dormir. Un amour aussi fou que platonique les unit. Qu’en sera-t-il de leur relation quand le garçon va grandir et Palvetti devenir jaloux de ce jeune rival ?
Les quatre suivantes nous emmènent au Japon où, là encore, le nouvelliste se fait poète et conteur.
Dans un village, l’usine de mise en bocaux des prunes a fermé. Les hommes ont dû partir, il ne reste plus que les vieux. Une femme, Hanae, se souvient d’un amour de jeunesse. « Elle avait seize ans lorsqu’elle s’était éprise de Yoshi. Ce n’était pas le plus bel homme qui soit, mais il était musicien, et ses mains portaient la promesse de mélodies grandioses. […] Hanae conçut un amour immédiat pour cet homme, un amour comme on en éprouve qu’à cet âge. Elle assistait parfois aux leçons de musique qu’il donnait. Elle observait ses doigts qui cinglaient l’air, modelant les harmonies au koto, tandis que, dans la pièce, les notes s’envolaient, sourdes, intenses comme des gémissements. » Les hommes du village n’ont pas admis cette passion pour un étranger de passage…
Dans les nouvelles suivantes, d’autres arts sont pratiqués comme le kamishibaï, un petit théâtre de papier, ou le kintsugi, « cette forme de restauration des objets anciens qui sublime les imperfections en les parant d’or et de laque ».
Les quatre dernières nouvelles se déroulent en France et la guerre y occupe une large place, que ce soit dans les tranchées de la Première Guerre mondiale ou plus tard, dans les attentats et les représailles de 39-45. On est confronté à la souffrance d’un enfant comprenant qu’il est né d’un amour avec un soldat allemand et à la honte de sa mère, dépassée par une passion irrépressible.
Dans ces neuf nouvelles, les émotions et les sentiments sont toujours très présents, quels que soient le pays ou l’époque. L’auteur dispose d’une large palette, de la rencontre à la rupture, de l’amour au désespoir, de la passion à la mort, de l’enfance à la vieillesse, partout et de tout temps, les relations humaines sont souvent complexes et ce recueil en montre avec talent quelques bouleversants exemples. Une belle réussite pour un premier recueil.
Serge Cabrol
(12/05/25)
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Lectures

Zonaires
(Février 2025)
94 pages - 14,50 €

Mehdi Ikaddaren
a publié des nouvelles dans des revues. La chambre des somnambules est son premier recueil.
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