|
|
Gabrielle FILTEAU-CHIBA
Louve en juillet
Ce court récit relate l’amour inconditionnel entre l’autrice et Sequoia, moitié chienne moitié louve, au cœur d’une forêt québécoise. Un texte fort, riche en émotions, enthousiasme et colère, bonheur de la vie en pleine nature, mais aussi souffrances avec les épreuves, les accidents, les dangers.
Nous avons découvert l’écriture et l’univers de Gabrielle Filteau-Chiba avec sa trilogie (Encabanée, Sauvagines, Bivouac) où Anouk, jeune femme lassée de la ville et du mode de vie qu’on y adopte – « l’eau embouteillée, la propagande sur écran, la méfiance entre voisins, l’oubli collectif de nos ancêtres et de nos combats, l’esclavage d’une vie à crédit et les divans dans lesquels on s’incruste » –, quitte Montréal pour une cabane au Kamouraska. Comme l’écrivait Amandine Farges dans son article sur notre site : Là, sur les rives du fleuve Saint-Laurent, Anouk fait l’expérience de la vie solitaire au cœur de la nature. Le journal qu’elle tient les premiers jours de cette nouvelle existence ne cache pas les difficultés qui sont les siennes, le froid qui s’insinue partout, les coyotes qui rôdent, les mauvais gestes qui causent des blessures et le corps qui crie ses manques. En réalité, cette trilogie romanesque était construite à partir du véritable journal intime de l’autrice et de sa propre expérience de la vie en forêt où elle a vécu plusieurs années avant de devoir se rapprocher de Montréal pour scolariser sa fille. Ici, c’est à la première personne qu’elle raconte son amour pour sa chienne-louve et les années qu’elles ont vécues ensemble, veillant l’une sur l’autre, surmontant toutes les épreuves. Celles qui concernent Sequoia. Quand elle a été volée sur une plage et que l’autrice l’a récupérée de justesse avant qu’elle ne disparaisse. Quand elle a été prise dans les pièges d’un braconnier. Quand elle est allée visiter le poulailler d’une voisine qui a sorti son fusil… Et celles qui concernent l’autrice qui n’est jamais à l’abri d’une chute. « Il est tombé de la pluie verglaçante sur nos sentiers de subsistance, entre le bois cordé et la cabane. Je brise la glace avec le poing pour me rendre aux bûches du dessus, que je fends ensuite pour les offrir aux braises, qui ne doivent jamais dérougir. Mes mocassins des années soixante-dix sont usés. Tenant une brassée immense en équilibre, je glisse. Je vois mes jambes quitter le sol, je sens le poids ambitieux du bois contre mes seins, je vois bleu. C'était écrit dans le ciel. L'arrière de ma tête heurte la glace. Tout devient noir. Chaleur. Sanguine lumière. Tu jappes, les pattes avant fichées sous mes clavicules. […] Inconsciente, je serais restée là, à moins vingt degrés, si tu n'avais pas grimpé sur moi, n'avais pas tant jappé. Je me relève fébrilement, marche telle une revenante jusqu'à notre couche et perds de nouveau le nord, laissant derrière la porte béante. » L’autre menace, c’est le désir des hommes. Ceux qui la dévorent des yeux quand elle travaille comme serveuse dans une auberge. « J'attends patiemment ce moment fatidique où les mushers feront un seul geste de trop, sortiront de l'ombre pour me sauter à la gorge. J'ai confiance, ma beauté rebelle, que tu les mordrais. Qu'en me voyant planter moi-même les dents dans une épaule sectionner une oreille donner une sacrée leçon pour ma défense, tu m'imiterais. On les déchiquetterait ensemble, ma fille. J'en ai presque envie, qu'éclate cette confrontation latente. Je deviens féroce. Grâce à toi, j'ai pris du cran. Plus jamais des pattes sales ne me toucheront, plus jamais. » Mais le danger ne vient pas seulement des clients, les plus violents sont parfois les plus proches et l’autrice en fait la triste expérience avec le père de sa fille, celui qu’elle surnomme « le loup » et qu’il faut fuir. « Reste à savoir comment, et combien. Comment sème-t-on un loup ? Combien faut-il pour recommencer à zéro avec une louvette et un enfant nu ? Comment ferais-je pour travailler avec ces deux amours-là dans mes pattes ? Plus important encore : combien de temps puis-je tenir dans l'entre-deux ? Heureusement, tu es là, toi, descendante de grande coursière qui n'a pas froid aux yeux. Et toi aussi, petite fée en moi, tu me donnes des idées de grandeur. Je ne ferai pas la même erreur que ma mère ; je ne resterai pas toute une vie captive à m'en voûter le dos pour protéger mes chairs sensibles. Séquoia, Fleur, j'aurai, je ferai, pour vous, pour moi, un sanctuaire. » Les épreuves vécues ensemble renforcent la relation entre l’autrice et sa chienne et nous suivons leur vie commune, riche en aventures et en rebondissements, jusqu’à la mort de Sequoia, au bout d’une belle vie, pleine d’amour et de liberté, de caresses et de courses folles…
Serge Cabrol
(29/09/25)
|
|
|
Retour
Sommaire
Lectures

Dépaysage
(Août 2025)
112 pages - 14 €
Ce livre inaugure la collection « Animales » dirigée par Gabrielle Filteau-Chiba aux éditions Dépaysage. L’objectif de cette collection de "littérature écoféministe" : « Répondre à l’appel du sauvage. Au gré des mots qui mordent et pansent. Cris hurlés à la nuit ou chants intimes, ils disent chacun à leur façon l’espoir d’habiter la nature autrement – et la possibilité, aussi, d’incarner toutes les bêtes en soi. Une collection de plumes féminines, qui porte le souffle de toutes celles ayant en commun avec les créatures grandes et petites, fragiles et féroces, une immémoriale oppression. Avec l’envie d’en découdre, de rompre avec le rapport brutal au monde animal. Pour qu’advienne une humanité nouvelle, en paix avec le vivant. »

Gabrielle FILTEAU-CHIBA
Bio-bibliographie
sur
Wikipédia
Retrouver sur notre site
son premier roman :

Encabanée
|
|