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Audrey BRIÈRE


Mauvais cœur


Novembre 1922. L’inspecteur principal Matthias Lavau arrive pour enquêter sur un meurtre dans un lieu très particulier qui est déjà, à lui seul, un personnage important du roman : le Familistère de Guise, dans l’Aisne.
Créé au XIXe siècle par un industriel, Jean-Baptiste André Godin, dont l’atelier de fabrication de poêles en fonte a connu une grande prospérité pour devenir les Fonderies Godin et employer jusqu’à 1500 personnes, le Familistère est une immense cité réussissant sur le même lieu tout ce qui est nécessaire à la vie du personnel et des familles : appartements, écoles, magasins, piscine, etc.
En 1922, malgré les dégâts de la guerre de 14-18, le Familistère est toujours debout, même si certaines parties sont en réfection, et dirigé par un administrateur-gérant, Gabriel Saint-Simon, que Matthias Lavau vient rencontrer pour comprendre ce qui a conduit au meurtre d’une institutrice, Eleanor Fontaine, assassinée dans sa chambre, baignant dans une mare de sang.

L’inspecteur-principal va fouiner partout et nous allons découvrir avec lui tous les secrets de cet étonnant "palais social". Nous faisons aussi connaissance peu à peu avec le policier à l’abord plutôt rébarbatif. « C’était un colosse. Il ôta ses gants, lunettes et casque de cuir, qu’il rangea sans façon dans l’une des sacoches de la moto, et de la main ébouriffa ses cheveux bruns, éclaircis par endroits de stries argentées. Les pattes-d’oie sur ses tempes et les sillons de son front racontaient un homme qui approchait à pas lents des quarante-cinq ans, sa peau tannée et le pli de sa bouche un individu pas commode. Son regard qui n’était pas sans rappeler la couleur du ciel qui se prépare à l’orage, flambait d’une intensité redoutable. »
Il a toutefois une faille : il ne supporte pas la vue du sang, ce qui est ennuyeux dans son métier. Mais il a une énorme qualité : il est hypermnésique. Il garde en mémoire tout ce qu’il lit, tout ce qu’il voit, y compris toutes les fiches anthropométriques déjà établies et stockées par la police.

Malheureusement, la jeune institutrice ne sera pas la seule victime et près de chaque nouveau cadavre, on retrouve un petit papier avec trois mots écrits d’une main maladroite : « Je vous pardonne ». Qui pardonne quoi et à qui ? Mystère…

Matthias Lavau est rejoint par Esther Louve, une jeune femme qu’il a déjà rencontrée dans le précédent roman de l’autrice, Les malvenus. Ils ont été très liés puis séparés. Ils sont contents de se retrouver même si leurs caractères abrupts ne leur permettent pas de le manifester très ouvertement. Esther, très fine observatrice, est assistante du médecin légiste. Elle a aussi un abord difficile : « Ses yeux, d’une étrange couleur mordorée, rappelaient ceux des oiseaux de proie. Avec cela elle n’avait l’air ni aimable ni hostile, les traits empreints d’une certaine noblesse, insondable. Elle devait affleurer les trente-cinq ans et portait un pantalon. » « En guise de manteau, Esther Louve portait une pelisse à larges poches ouverte sur – chose étonnante – une collerette en cuir qui lui enserrait le cou et les épaules. » Ce que cache cette collerette, le lecteur finira par le savoir.

Deux ans plus tôt, en 1920, un double crime a été commis à Colombes. Esther Louve assistait le docteur Socquet sur la scène de crime où elle a découvert un petit papier avec trois mots : « Je vous pardonne ». C’est pour ce petit papier que, deux ans plus tard, elle rejoint Matthias dans l’Aisne. Visiblement tous ces crimes – deux à Colombes et trois à Guise – ont beaucoup de points communs, dans leur violence et dans ces curieux messages laissés sur place.

Ils vont donc poursuivre ensemble cette enquête qui va leur réserver beaucoup de surprises dont certaines très désagréables. Pour le lecteur, c’est un grand plaisir que de suivre ces deux personnages atypiques dans un lieu tout aussi surprenant. Quand on ferme ce roman, on peut retrouver l’univers sombre de Matthias Lavau et Esther Louve en se plongeant dans Les Malvenus, récemment paru en poche dans la collection Points. Ensuite, il faudra attendre le prochain…

Serge Cabrol 
(20/02/25)    



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Noir & polar








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Audrey Brière
Mauvais cœur est
son deuxième roman
après Les malvenus.